L'Église de Donzy-le-Pertuis

Voici un article issu d'une plaquette rédigée par Raymond OURSEL.

La plupart des maisons de Donzy-le-Pertuis n'ont pas d'âge ; leurs origines se perdent dans la nuit sans documents des premiers siècles chrétiens. Bâties des mêmes pierres de calcaire sec, plat et noueux dont sont faits les murgers alentour, on dirait qu'elles ont été conçues une fois pour toutes, et sont fixées dans l'éternité, avec leurs murs d'ocre chaude, leurs toits bas de tuiles creuses à la romaine, leurs galeries d'escalier extérieures et leurs menus jardins clos.

L'église seule, par ses caractères archéologiques, confère au vieux village une date à peu près précise. L'on sait peu de chose de la paroisse dont elle était le siège, sinon que celle-ci était « unie » à l'église du prieuré de Blanot, dépendant de Cluny ; à ce titre, elle relevait elle-même de la grande abbaye, et porte toutes les marques de la belle construction religieuse de la Bourgogne méridionale à l'époque romane ; huit à neuf siècles de durée, au long desquels elle a recueilli tous les actes de la vie paroissiale : baptêmes, mariages, sépultures ! Ses cloches, maintes fois refondues, ont sonné à tous les échos les évènements majeurs : l'alerte du feu, les guerres et les retours à la paix, les révolutions...

En plan, l'église de Donzy se compose d'une nef unique, plafonnée, dont la simplicité contraste avec le beau développement des parties orientales, transept et abside, seules voûtées. A la croisée du transept, c'est une coupole dite « sur trompes d'angle », procédé dont les exemples les plus anciens « Blanot entre autre » remontent dans la région à l'an mille environ ; l'abside est couverte, elle, d'un cul-de-four en plein cintre, soit d'une calotte en demi-sphère parfaite.

 

Sous le col des Quatre Vents, par lequel Donzy communiquait avec la métropole clunisienne, la silhouette de l'église s'enclot merveilleusement dans la montée des toits, degré par degré, le long du vieux chemin ; par les matins où le soleil illumine le village comme une escarboucle sur la toile de fond de la montagne de Joux, ou bien lorsque les crépuscules de l'automne l'enveloppent peu à peu de brumes roses, elle compose avec eux une vision inoubliable.

 

Sur le haut clocher carré, brut et massif, ajouré seulement, au sommet, de petites baies en plein cintre, sur le pourtour de l'abside que couvre un joli toit de pierres sèches, sa marque distinctive est constituée par ces curieux panneaux cintrés, découpés en creux sur les parois, que les archéologues désignent sous le nom de « bandes lombardes ». Le terme rend compte de la provenance étrangère : c'est en effet, de la Haute Italie montagnarde qu'à l'aube du XIe siècle, des légions de maîtres maçons et techniciens du bâtiment vinrent couvrir la Bourgogne, Saint-Bénigne de Dijon et Saint-Philibert de Tournus en tête, « d'une blanche parure d'église ». Celle de Donzy s'inclut dans ce grand branle et témoigne de la qualité avec laquelle les artisans du pays surent adapter aux modes importés leur propre usage de la construction en pierre sèche.

 

Encore enrichie d'une belle statue de Saint Jean-Baptiste (fin du Moyen Age), et d'un attachant tableau du XVIIe siècle, elle ne mérite pas seulement l'intérêt dû à un monument vénérable, mais la ferveur que l'on doit au témoin, toujours en place et vaillant, des fidélités ancestrales.