PRÉSENTATION
 

Voici le récit du voyage (de noces !) de Michèle et Jean alias gavorrano71, qui s'est déroulé de février à avril 1976, pour faire initialement le tour de l'Afrique en partant de l’Égypte via Le Pirée ! (C'est ce qui était prévu au départ), et pas question de faire du tourisme avant l’Égypte car nous avons nos billets de bateau en poche et la date d'embarquement est déjà définie. Nous verrons que l'itinéraire va être profondément modifié pour cause de grève !

La narration de cette épopée est extraite du carnet de route annoté tout au long de ce périple par Michèle.

Le véhicule

Nous voyageons à bord de notre DELAHAYE VLR D, accompagné par « Simoun », un Dodge 6x6 piloté par un couple, Josiane et Jean-Michel, doté par la Guilde Européenne du Raid.

Pour affronter l'Afrique, la DELAHAYE :

  • Est équipé de deux réservoirs à essence supplémentaires de 60 litres de type HY Citroën, disposés un sur chaque aile arrière,
    • deux jerricans de 20 litres, ce qui nous fait un total de 190 litres de carburant.
  • Nous avons de la pièce détachée de rechange,
    • deux roues de secours,
    • quatre pneus avec quatre chambres à air fixés sur l'avant du toit,
    • un étau fixé sur l'aile avant gauche,
    • des optiques de phares équipées d'ampoules à iode H3 (70 Watts, 24 Volts - une pour le feu de croisement et une pour le feu de route),
    • deux feux antibrouillard (70 Watts, 24 Volts).
  • Des portières et une carrosserie en alu remplace la bâche d'origine, la hauteur totale du véhicule a été limité à 1,90 mètre pour une meilleure compatibilité avec les garages des ferry-boats, dans ce cas les quatre pneus voyageront dans la voiture.
  • Les deux batteries sont installées sous le capot du côté droit.

Pour le ravitaillement en eau, nous avons opté pour un filtre à eau Katadin, qui nous a suivi lors de tous nos voyages et qui est toujours opérationnel.

Au cours du récit des 51 jours de voyage (le retour vers la France n'a pas été consigné dans le carnet de voyage.), des annotations ont été ajoutées pour préciser ou corriger certains mots ou expressions techniques, elles sont transcrites entre parenthèses et en italique comme indiqué ici : (n.d.l.r. : note de la rédaction.).

Des photos sont intercalées dans les pages du carnet de voyage soit sous forme de lien ou de diaporamas. Elles sont issues de la numérisation de diapositives, numérisation effectuée par « Numérisation.com ».

Nous vous souhaitons un BON VOYAGE.

 
 
Lundi 23 février 1976, 5100 km

Après avoir remis le départ de semaine en semaine pour manque de préparation, après quelques faux départs dimanche matin, dimanche soir, lundi matin toujours pour la même raison, nous réussissons à quitter Neuilly Plaisance ou réside l'équipe « Simoun ». Il est 13h... Il nous faut encore quitter la région parisienne et nous finissons par gagner l'autoroute direction Fontainebleau. À la Pyramide, des gendarmes nous arrêtent, nous n'avons pas de vignette. Effectivement la carte grise de chaque véhicule mentionne « INC » (n.d.l.r. Inconnue.) pour la date de 1ère mise en circulation ce qui exempte de vignette. « Simoun » et son Dodge auront droit à d'autres contrôles du même genre où ils réciteront leur leçon.

Sinon pas de problème et nous nous arrêtons de nuit un peu avant Avallon, aux grottes d'Aray exactement. Nous installons le campement dans le camion qui nous accueillera la nuit jusqu'aux pays chauds.

 
Mardi 24 février, 5341 km

Départ 10h10. Plein du réservoir droit : 51 litres. La route ne présente pas de difficultés, mais la neige fait sont apparition sur les bas côtés vers Nantua, car finalement sans rien savoir, mais encouragés par le temps radieux, nous avons opté pour le passage par le tunnel du Mont Blanc. Il est 24h quand nous nous arrêtons à l'entrée du dit tunnel pour dormir. Il fait frais.

 
Mercredi 25 février, 5772 km

Nous passons la frontière sans problème. Nous voici en Italie.

100 lires = 0,58 franc, 1 litre d'ordinaire = 300 lires. (n.d.l.r. lire : ancienne unité monétaire de l'Italie.)

Il fait un temps splendide et une douce chaleur. Le paysage sous la neige est merveilleux. Après une halte à Aoste pour faire quelques emplettes, nous reprenons la route. Nous commençons à prendre le pli, que l'on s'arrête pour manger ou pour incident mécanique, le rite est le même pendant que les gars fouinent dans les moteurs, les filles font la vaisselle et la cuisine. Donc, après manger, nous roulons vers Milan où nous arrivons à la nuit tombante pour prendre l'autoroute. La circulation est d'une densité incroyable.

Plein : 90 litres, 6027 km.

Et malgré l'heure qui commence à se faire tardive, il y a toujours autant de voitures sur la route. Nous quittons l'autoroute à Brescia pour retrouver un peu de calme, et dormir devant un magasin de bateaux.

 
Jeudi 26 février, 6152 km

Départ 9h30. La route est agréable, bordée de champs d'arbres fruitiers et de filles. Plus on se rapproche de Venise, plus les canaux se font nombreux et les cheminées d'usine aussi. Nous évitons Venise en prenant l'autoroute Venise Trieste. Nous espérons passer la frontière ce soir. Mais au km 6430, nous stoppons dans une station-service car l'ampèremètre indique que ça ne charge pas, appareil de mesure en main Jean cherche d'où cela peut venir ; après quelques étincelles il pense que ce doit être le régulateur de tension. C'est normal, c'est la seule pièce que l'on n'a pas. Ça ne fait rien, Jean va bricoler un système laissant sortis deux fils et quand ça ne charge plus, je mets les fils en contact et ça recharge. Youpi. On profite de cette halte pour changer les bougies et l'on repart.

Arrivés à Trieste nous épuisons les lires en prenant 7 litres d'essence et quittons l'autoroute vers la frontière. Pas de difficulté à la douane que nous passons de nuit, juste le temps de discuter avec deux routiers français qui nous ont doublés vers Annemasse et attendent depuis 10h déjà qu'on vérifie leur chargement ; l'un va à Athènes, l'autre à Téhéran.

Une fois les barrières franchies le changement est total : il fait froid et l'on voit la coulée très nette du chasse neige dans 50cm de neige pour dégager la route, nous sommes en montagne et le revêtement des routes a beaucoup souffert. Des trous de grande envergure donneront des sueurs froides à Jean-Michel pour son chargement. Enfin nous nous arrêtons à Ljubljana pour dormir. Il est 24h30.

1 dinar = 0,25 franc, 1 litre d'essence = 4,90 dinars. (n.d.l.r. dinar yougoslave : unité monétaire de l'ancienne Yougoslavie.)

 
Vendredi 27 février, 6566 km

Départ 11h... Nous rentrons dans Ljubljana pour changer de l'argent. Nous allons passer un bon moment avec Josiane dans la banque surchauffée à errer de bureau en bureau avant de trouver l'employé qui s'occupera de nous, puis à chercher la caisse qui nous délivrera les dinars que nous attendons ; et enfin à patienter devant l'employée qui consciencieusement compte et recompte une douzaine de fois les billets qu'elle donne ou qu'elle prend (épargnez à la Ljubjanasbamka !) le plus souvent ; ce qui nous expliquera pourquoi il y a tant de personnes agglutinées dans cette banque, qui vous disent un tas de choses que vous ne comprenez pas, bien sûr.

Après avoir pris le tête de la caravane, car « Simoun » est incapable de trouver la route de Zagreb, alors que les pancartes nous crèvent les yeux, nous reprenons la route à 12h30. Nous circulons dans la forêt encore enneigée, puis dans un paysage champêtre où abondent les séchoirs à maïs : d'un côté les tiges et les feuilles, de l'autre les épis.

À la tombée de la nuit nous stoppons sur le bord de la route faute de charge. Nous avons dépassé Zagreb sa zone, ses autobus à soufflet ou non mais toujours bondés. Jean a ressorti son appareil de mesure pour refaire des contrôles, mais ô surprise, l'aiguille du cadran reste bloquée : normal, me direz-vous l'appareil sort de la réparation (500 francs) et justement pour cela. Heureusement que Jean-Michel en a un, car ce n'est pas l'aide des yougoslaves qui s'arrêtent qui va nous remonter le moral, car tout ce qu'ils peuvent nous dire il ne ressort pour nous que « kaput ». Après bien des bricolages nous repartons sans trop d'éclairage dans une circulation assez effroyable ; car en plus du fait qu'ils doublent à tout va, sans visibilité, que ce soit voiture de tourisme ou semi-remorque, comme le jour ; ils roulent maintenant tous phares, blancs, allumés, à grand renfort d'appels de phares.

Nous nous arrêtons dans une station-service pour faire le plein : 102 litres, 6843 km.

Enfin un peu de repos pour les yeux surtout et pour les nerfs des conducteurs qui doivent être plus que tendus. Et finalement à ma grande satisfaction, nous décidons de passer la nuit là, car rouler dans ces conditions est vraiment trop épuisant.

 
Samedi 28 février, 6843 km

Au réveil nous nous sommes aperçu que la station-service est entourée d'un tas d'ordures et de marécages, un ministre de l'environnement aurait fort à faire ici, car c'est pareil sur les routes à chaque parking son tas d'ordures.

Départ 10h30. La route est rectiligne et monotone ; la neige a pratiquement disparu à part quelques plaques ici et là. Sur les arbres dénudés des quantités de pies nous regardent passer. Des porcs, de couleur nettement foncée, gris foncé, paissent par troupeau de 3 ou 4. Les champs, si champs il n'y a jamais eu, sont plutôt de genre steppe inondée à cette époque, et quand l'eau s'est un peu retirée les paysans font brûler les restes de paille.

La route a beau ne présenter aucune difficulté, les autochtones, inconscients, la rendent très dangereuse. Il n'y a qu'à voir le nombre de couronnes de fleurs artificielles qui bordent la route pour n'en pas douter. Et c'est toujours cette même route qui nous mène à Beograd (Belgrade) où l'on ne voit que de ternes immeubles.

16h45. La nuit commence à tomber peu à peu et elle est bien noire quand vers 18h30 nous quittons la route principale pour nous arrêter près d'une station-service garage, car nous n'avons plus d'électricité.

Apparemment les gars ont le régulateur qu'il nous faut, mais ils ne veulent pas nous le vendre. Il nous reste 120 km jusqu'à Niš. Nous dormirons là.

Apparemment les gars ont le régulateur qu'il nous faut, mais ils ne veulent pas nous le vendre. Il nous reste 120 km jusqu'à Niš. Nous dormirons là.

Apparemment les gars ont le régulateur qu'il nous faut, mais ils ne veulent pas nous le vendre. Il nous reste 120 km jusqu'à Niš. Nous dormirons là.

 
Dimanche 29 février, 7226 km

Apparemment les gars ont le régulateur qu'il nous faut, mais ils ne veulent pas nous le vendre. Il nous reste 120 km jusqu'à Niš. Nous dormirons là.

Départ 7h45. Après avoir fait le plein des réservoirs et des jerricans : 92 litres.

Nous démarrons à coups de poussette et nous partons dans le brouillard qui est épais ce matin. Et ce temps peu propice à la circulation ralentit le trafic, provoque des embouteillages et un carambolage fabuleux d'une quinzaine de véhicules de tous genres en tous sens.

Et c'est ainsi que, bloqué dans un embouteillage nous ne pouvons plus repartir faute d'électricité, car avec le peu qu'il nous restait et ce qu'il a fallu fournir pour nous signaler dans le brouillard... Et « Simoun » est loin devant, très loin.

Mais cela ne fait rien, il y a un camion grec derrière nous, il va bien nous pousser. Nous faisons comprendre au conducteur que «  kaput » et que s'il pouvait nous pousser juste un peu avec son camion...

Mais il n'en est pas question, il veut bien nous aider à mettre la voiture sur le bas côté en poussant avec ses mains ; mais avec son camion sûrement pas, il a peur de plier son pare-choc ! Encore heureux que ce dernier tombe juste à la hauteur des 2 roues de secours fixées à l'arrière de la jeep, sinon il se serait sûrement enfui en poussant des cris d'horreur.

Et nous voilà immobilisés sur le bord de la route attendant que le flot de voitures s'écoule. Quand il n'y a plus personne nous essayons de mettre l'auto en route mais comme je suis seule à pousser, dès que le moteur commence à « brouter » je n'ai plus assez de force pour faire démarrer l'engin . Après trois essais, vains, nous décidons d'abandonner cette technique et attendons soit que quelqu'un s'arrête pour nous aider soit que « Simoun » daigne faire demi tour.

Il est 10h, nous nous installons pour la journée. Et des voitures passent, et des camions passent... dans un sens, dans l'autre... puis rien...

Venant vers nous s'arrête une voiture, enfin, « auto-service ? » (garage à peu de chose près). Jean explique aux occupants le problème « kaput batteries ». après avoir trimbalé un peu partout un simple bout de fil, le garagiste me fait comprendre dans un petit nègre allemand, qu'il va nous tirer jusqu'à Niš et là, il a des régulateurs. Par gestes nous leur faisons comprendre qu'ils n'ont qu'à pousser et ça démarrera, ce qui est fait aussitôt. Le temps qu'ils fassent demi tour et nous les suivons.

11h. Toujours pas de « Simoun » en vue !

Un embouteillage et nous recalons, nous nous garons sur un parking où le garagiste recommence son cinéma avec son fil « dynamo kaput », bizarre elle a été changée hier soir contre une toute neuve. Un routier français qui s'est arrêté discute un peu puis repart avec la consigne de dire à « Simoun » de faire demi tour.

Le garagiste nous explique qu'il peut revenir dans deux heures et réparer la dynamo, ça coûtera cher. Il n'en est pas question et « Simoun » arrive à temps pour décontenancer les 5 yougoslaves qui reprennent leur chemin avec 5 deutsch mark (n.d.l.r. deutschemark : ancienne unité monétaire de l'Allemagne.) en poche. Et nous aussi poursuivons notre route.

Bientôt c'est la montagne avec des tunnels. Le pied, les tunnels, quand on n'a pas de lumière et que « Simoun » s'en va à toute vitesse devant, nous laissant dans l'obscurité la plus complète.

Le paysage devient de plus en plus aride, des troupeaux de moutons apparaissent ; avec ce soleil et ce ciel bleu on se croirait en Provence, il est vrai que la descente vers le sud est bien amorcée. 45 km avant Skopje dans des villages, deux minarets se dressent, peut-être des mosquées.

Il est environ 19h GMT = 20h grecques lorsque nous passons la frontière. Contrôle des passeports et papiers des véhicules. Pour nous juste un coup d'œil dans l'auto, mais « Simoun » qui s'était mis dans la file « voitures », aura droit à une visite plus poussée. Après la douane la route est bien éclairée sur une bonne distance. La Grèce nous apparaît accueillante dès l'abord avec son « bar-souvenirs », ses toilettes, sa banque qui malgré le jour et l'heure nous délivre tout naturellement drachmes et bons d'essence (75 litres).

1 drachme = 0,13 franc, 1 litre d'essence = 9,50 drachmes. (n.d.l.r. drachme : ancienne unité monétaire de la Grèce.)

Nous nous arrêtons 500 mètres après la douane, à une station-service, restaurant souvenirs. Et nous ne nous sommes pas arrêtés pour manger ce midi, nous irons au restaurant « Alexander the Great » : spaghetti bolognaise, côte de veau ou porc.

 
Lundi 1er mars, 7710 km

Nous restons sur place pour faire du rangement et lâcher du lest. Le soir Jean très courageux se lave entièrement à l'eau froide sous le vent.

Mardi 2 mars, 7710 km

Même chose, les filles font la lessive, gars continuent la mécanique, changement d'un pneu avant. Le soleil et le vent W... NW qui souffle font qu'en deux heures de temps le linge est lavé, séché, rangé. Ce matin les sommets que l'on aperçoit au loin sont recouverts de neige et en rassemblant nos souvenirs, ils ne l'étaient pas hier.

En ce jour de repos nous pouvons constater que l'idée d'installer ce restaurant, marchand de souvenirs et bricoles (comme des piles, des rasoirs, des stylos), station-service garagiste est des plus ingénieuses, car rares sont les camions qui, après avoir passé la douane, filent tout droit sans s'arrêter. C'est un commerce qui marche et qui a ses habitués.

Tous cheveux au vent Jean s'est retourné un ongle en bricolant. Et ça saigne et ça saigne. Vite la pharmacie ; désinfectant, compresses stériles et sparadrap font une belle poupée qu'il va falloir surveiller.

La journée se poursuit dans le soleil et le vent qui déplace tout.

 
Mercredi 3 mars, 7710 km

Départ 8h50. Le vent est encore plus violent qu'hier quand nous prenons la route pour Athènes. La campagne est très verte, bien que les voies d'irrigation soient presque toutes à sec. Sur ce vert, font tache de petits villages typiques, petits cubes blancs, tuiles rouges, cyprès, protégés chacun par leur église orthodoxe. Ces villages sont à l'intérieur des terres par rapport à la route et sont représentés par ces petites gares jaunes qui sillonnent la voie ferrée doublant la route.

Vers Kateríni nous commençons à longer la mer, à notre gauche, tandis qu'à droite s'élèvent des montagnes enneigées. Et le Dodge commence à avoir un petit air penché (à droite) qui semble s'accentuer. Il est crevé. Le temps de le dépasser et de lui faire signe de s'arrêter et la réparation commence ; il est 11h15. Ce n'est qu'à 14h que nous repartons, la chambre à air ayant enfin été changée. Heureusement que Jean était là sinon le pauvre Jean-Michel y aurait passé tout son après-midi, malgré l'aide des policiers qui se sont arrêtés un petit moment, ont pompé un peu, donné des conseils pour resserrer les écrous, et indiqué qu'il y avait un poste à essence 5 km plus loin qui aurait pu réparer.

Nous nous arrêtons d'ailleurs à ce poste prendre 60 litres (7845 km). Puis nous reprenons la route entre mer et montagne sous un soleil cuisant. Les oliviers, les conifères, les épineux et le relief nous rappellent la Provence, les Alpilles. De nouveau nous longeons la mer de très près ; dans des baies se nichent de pittoresques petits ports que nous contemplons, sur fond de montagne, au soleil couchant.

La nuit venant (nous n'avons toujours pas d'électricité) nous quittons l'autoroute pour rentrer dans Lamía. Je dis l'autoroute car nous avons déjà franchi cinq postes de péage. Dès l'entrée de la ville, nous nous arrêtons devant un garage. Il est 17h30. Apparemment le gars n'est pas chaud pour vendre un régulateur ; il vient voir la chose de plus près, un fil électrique à la main et, c'est curieux ça me rappelle quelque chose ! Il se met à frotter son fil sur tout ce qu'il trouve et déclare « dynamo kaput ». il nous laisse perplexes mais persuadés qu'il se trompe. Quand soudain, dans le groupe de grecs qui s'est agglutiné autour du moteur, l'un deux demande « français » et et conduit les deux français auprès du pompiste voisin qui parle notre langue. Bientôt les deux gars , nous laissent toutes deux dans la jeep, partent en ville avec le jeune qui nous avait demandé notre nationalité, pour chercher un régulateur.

Le pompiste leur a donné une adresse. Très vite, les revoilà nantis d'un régulateur. Et capot ouvert, les mesures électriques reprennent, les étincelles aussi. Et finalement on en arrive à rechanger la dynamo après lui avoir mis des charbons neufs, car le nouveau régulateur ne semble pas arranger notre affaire. Un petit repas entre deux et les branchements électriques reprennent. Le groupe électrogène de « Simoun » nous rend de grands services, ne serait-ce que pour nous éclairer et recharger les batteries. Finalement la dynamo ayant fait peau neuve, le vieux régulateur étant branché.. ça charge ! Parfaitement ! Le temps de ranger tout le matériel, les outils éparpillés dans et autour de la voiture, nous nous couchons à 22h tandis que, épuisé par on ne sait quoi, croule sous le sommeil depuis un bon moment.

 
Jeudi 4 mars, 8049 km

Par un temps plutôt couvert, Jean remet tout en place et Jean-Michel entreprend de réparer son capot qui ne ferme plus. Pendant qu'il continue son ouvrage, nous allons faire un tour en ville. Et là c'est l'ambiance de fête, mardi gras a suspendu ses masques aux banderoles qui traversent les rues. Sur une place où l'on diffuse de la musique, des gens discutent ou écoutent, les marchands de billets de loterie ont planté leur mât. Il a beau être plus de midi, les rues sont pleines d'activité et nous réussissons à trouver ce que nous désirons en fouinant dans les boutiques, super-marchés, ou kiosques. Ces petits kiosques sur les trottoirs où l'on vend de tout : des friandises, des lames de rasoir, du dentifrice, des ampoules, des piles, des jouets, des cartes postales et parfois des timbres, etc...

Sans arrêt des cars sillonnent les rues, ils sont bondés mais s'arrêtent et prennent en charge d'autres passagers pour continuer leur trajet tracé à coup de klaxon.

Comme une toile d'araignée tissé au dessus de la ville, les fils électriques, téléphoniques, les antennes de télévision s'entrecroisent à cœur joie. Plusieurs fois dans l'après-midi nous retournons en ville chercher quelques bricoles. Et après avoir poussé au derrière « Simoun », nous reprenons l'autoroute à 19h15, cette fameuse autoroute à 2 voies avec piste de dégagement de chaque côté. Nous passons encore 2 péages. Toujours le long de la route il y a ces petites niches religieuses avec des images pieuses, du pain, une bouteille remplie d'on ne sait quoi.

Il est plus de 22h quand nous nous arrêtons, une quinzaine de kilomètres avant Athènes au camping de Kifissia. Nous montons la tente, nous allons enfin pouvoir dormir correctement, car nous commençons à ne plus supporter de coucher dans le camion : le plancher est dur et froid, mais surtout la largeur d'une couchette pour nous deux ce n'est vraiment pas assez. À ce détail près que, dès que nous nous couchons, les coutures des deux lits de camp d'un commun accord, lâchent traîtreusement ; nous passons une bonne nuit.

 
Vendredi 5 mars, 8254 km

Nous restons la matinée au camping de Kifissia où je recommence à coudre les toiles de lit de camp. Puis nous partons à Athènes pour manger d'abord puis visiter un peu. Jean en profite pour expédier le « Pekli » à la CODAREM avec tous les remerciements nécessaires. Puis nous décidons d'aller au Pirée repérer l'endroit d'où partira le bateau dimanche matin.

Pour nous rendre au port nous prenons le métro. Et c'est une surprise car l'entrée du métro se trouve dans une galerie marchande souterraine où l'on trouve banques, postes, marchands de journaux, de souvenirs ; et une foule de gens qui discutent violemment par groupes de 15 ou 20.

Nous prenons donc le métro ; la rame dans laquelle nous montons est toute en bois, mais à part cela et la disposition des sièges, cela ne nous change guère du métro parisien, même l'odeur y est semblable.

Le Pirée, la mer enfin ! Nous repérons approximativement le lieu d'embarquement et regagnons Athènes puis le camping. Grâce au sens très subtil de l'orientation de Jean-Michel nous avons erré un moment dans la ville avant de retrouver les véhicules. Ce qui m'a permis de remarquer les nombreux marchands de fruits secs : noix noisettes, amandes, cacahuètes, noix de cajou, pois chiches, pruneaux, raisins, figues et le typique marchand de café qui promène sa grande cafetière et ses gobelets en carton sur les trottoirs, un peu comme le marchand d'eau à Marrakech.

 
Samedi 6 mars, 8284 km

Le matin, pendant que « Simoun » fait des courses en ville, nous nous promenons dans la campagne sous le soleil et sous le vent. Puis après manger c'est à notre tour d'aller à Athènes mais pour visiter. Pendant ce temps, « Simoun » essaie d'organiser son « confort » ! car depuis le départ c'est plutôt le fouillis inextricable aussi bien à l'intérieur du camion que sur la galerie. Un peu déçu par les immeubles ternes, les rues grisâtres, sans style d'Athènes, nous trouvons un charmant jardin public verdoyant et fleuri où les étudiants s'amusent avec des gourdins, des trompettes, des marteaux en plastique multicolore, avec des confetti tandis que les plus jeunes sont déguisés. Il faut dire que c'est Carnaval et qu'ici cela dure plusieurs jours où personne ne travaille.

 
Dimanche 7 mars, 8320 km

Le mot d'ordre : « Les premiers réveillés réveillent les autres » a été lancé hier soir. C'est pour cela que quand je me lève vers , « Simoun » est déjà en branle et apparemment il y a un moment qu'ils sont en train de ranger. Ce n'est pas bien grave mais c'est toujours sympa, on sait que l'on peut leur faire confiance !!!

Le bateau partant à 12h du Pirée nous devons y être avant 9h. Le temps de ranger la tente, les lits de camp, de démonter les pneus qui sont sur le toit pour être sûrs de me pas dépasser la hauteur admise sur le bateau et nous sommes prêts ; il est 8h30 : largement l'heure de partir ! Mais « Simoun » n'y est pas encore ; il y a encore plein de matériel par terre, Jean-Michel charge la galerie, tandis que Josiane, installée dans le camion, se fait une beauté pour aller sur le bateau. À nous de les pousser, une fois de plus ! Jean va aider à fixer la bâche sur le toit, puis nous enfournons tout ce qui traîne dans le camion.

Peut-être allons-nous enfin quitter le camping ! Mais non, Jean-Michel se change à son tour, et il n'apprécie pas du tout les injonctions que nous lui faisons de se hâter ; ben quoi je suis dans les temps ! Ah oui il est 9h05 et il fallait être au port à 9h, c'est réussi !

Maintenant il fonce comme un dingue sur la route, tout droit sur Athènes, tandis que nous prenons la direction du Pirée. Que vont-ils faire à Athènes ?

Nous apprendrons plus tard qu'ils sont allés à la poste restante. Il faut dire que depuis 3 jours ils passent leur temps dans les postes à essayer de récupérer ce qu'ils ont oublié à Neuilly.

À 9h50 nous arrivons au port, nous nous dirigeons vers le poste de douane lorsqu'un homme nous interpelle, il parle français.

« Nous prenons le Gagliari. »,

Approbation « Il n'est pas là, et ne viendra pas aujourd'hui, c'est la grève générale en Italie et il n'est pas parti. Le mieux est d'aller voir à l'agence de l'Adriatica », car lui n'en sait pas plus.

D'après l'agence, le bateau aura 48h de retard. Ça commence bien ! « Simoun » vient déjà d'arriver, à 10h15. Nous nous installons donc là sur le parking de la gare maritime en compagnie de 4 allemands qui sont dans le même cas que nous. Nous allons donc pouvoir visiter la ville et manger des souvlaki : « sorte de brochettes avec tomate et verdure, le tout emballé dans une crêpe en pâte à pain ». quand nous regagnons les véhicules, le ciel est grisâtre et même il pleut. Il ne manquait vraiment plus que cela ! Et c'est sous la pluie que nous verrons défiler, dans l'église juste en face, trois enterrements les uns à la suite des autres. Les fleuristes ont d'abord apporté d'immenses couronnes qu'ils ont disposées tout autour de la porte d'entrée. Puis l'office terminé, ces messieurs de la famille entasserons les fleurs sur les galerie des voitures, jusqu'à dix couronnes par voiture ; et le convoi partira les fleurs d'abord, le corbillard avec cierges électriques allumés, puis une file de taxis gris emportant les gens jusqu'au cimetière.

 
Lundi 8 mars, 8350 km

Après renseignements auprès de l'agence de l'Adriatica, nous apprenons que le bateau à quitté Venise mais comme il a trop de retard il ira directement à Alexandrie sans s'arrêter au Pirée et le prochain passera, en principe, dimanche prochain. Fantastique, de mieux en mieux, nous voilà cloués pour une semaine ici. Nous allons essayer de nous faire dédommager d'une façon ou d'une autre auprès de l'Adriatica. Puis nous passerons à la police touristique qui d'après « Simoun » fait des merveilles pour les touristes quel que soit leur problème. Effectivement ils vont s'occuper de nous, bien que je vois mal ce qu'eux en Grèce peuvent faire contre des italiens en grève de surcroît ; peut-être détourner le bateau ?

Ils nous donneront réponse cette après-midi. En attendant, Jean-Michel propose de nous emmener au port de plaisance et nous voilà partis à suivre la mer et ainsi pendant deux heures nous marchons dans un dédale de petites rues, quand soudain Jean-Michel s'arrête au milieu d'un carrefour : « Je suis paumé, ça doit être de l'autre côté ».

Nous regagnons le camp pour manger un couscous. Puis nous réussissons à sortir « Simoun » de sa léthargie pour aller essayer de régler ce problème de bateau et d'y trouver une solution satisfaisante.

À la police touristique ils nous disent de passer demain à 8h30 à l'Adriatica. Forts de ce précieux renseignement nous allons ausculter toutes les petites agences qui se trouvent sur les quais du port. Nous apprenons rapidement qu'à cette époque-ci il n'y a que l'espresso-Cagliari et un bateau russe qui font cette ligne là. L'italien doit passer le 14, le russe le 15. Le 1er sans certitude, le 2ème sans doute aucun car les soviétiques n'ont pas le droit de faire grève. Le seul inconvénient est que le Dodge est trop lourd (5,3 tonnes en théorie) pour le bateau russe car c'est un cargo et non un ferry (chargement des véhicules à la grue !). Il nous faut attendre l'espresso coûte que coûte.

Pour nous pas d'hésitation, s'il ne vient pas le 14 nous partons vers l'Asie. « Simoun » après avoir envisagé de remonter jusqu'à Venise, décide d'attendre ici jusqu'à ce qu'il arrive. Mais ils seraient alors embêtés pour passer au Soudan car il faut au moins 2 véhicules spécialement équipés ; et déjà nous n'avons pas encore pu obtenir l'autorisation de nous y rendre, il faut voir cela au Caire.

L'heure étant à la réflexion, nous partons nous promener tous les deux. Et nous sommes frappés par trois choses que l'on trouve en abondance dans les rues du Pirée  : le marbre jusque dans les plus modestes maisons et cela nous l'avions déjà remarqué à Lamía, sans doute y a-t-il d'importantes carrières en Grèce, nous l'ignorions ; ensuite ce sont les side-cars de tous genres et de toutes formes, de préférence chargés au maximum ; et enfin les cerfs volants qui inondent le ciel et du plus jeune à l'ancêtre tout le monde s'y met ; c'est Carnaval ! Et ainsi guidés par ces points dans le ciel bleu, nous arrivons en quelques minutes au port de plaisance tant recherché ce matin. Et nous rêvons devant tous ces bateaux, de la petite barque aux voiliers un, deux et trois mâts en métal, en bois ou en plastique, des installations simples aux plus luxueuses.

(1) Commandant

Le premier français que nous voyons est Calypso du président1 Cousteau avec sa capsule de plongée et son hélicoptère. Comme il fait déjà nuit nous rentrons au camp pour retrouver « Simoun » perplexe à cause du bateau et de notre décision... Cannelloni et au lit, plus exactement dans la voiture où nous finissons par nous retrouver allongés côte à côte dans le sens de la plus grande diagonale.

 
Mardi 9 mars, 8350 km

(2) mais ils nous propose 4 billets d'avion pour le Caire, les voitures arriveront lors du prochain passage du Cagliari dans cette même ville, proposition sans intérêt pour nous.

8h30 Adriatica. Pas question de nous dédommager2  mais le Cagliari viendra, sûrement, dimanche ou lundi !..

Nous retournons à la police touristique pour savoir s'il y a un camping ouvert dans les environs, ne serait-ce que pour prendre une petite douche ! Celui de Dafni est ouvert et pour s'y rendre il suffit de suivre le bus n°188. Mais têtu comme deux mules « Simoun » ne veut pas attendre le bus et part à l'aveuglette et bien entendu se perd dans les faubourgs du Pirée, si bien que 2 heures après être parti nous atteignons Dafni (5 km du Pirée), non sans rater l'entrée du camping.

Nous nous arrêtons devant, car les grilles sont fermées par une chaîne et un cadenas. Nous reprenons donc la route pour stopper quelques mètres plus loin « Simoun » est persuadé que c'est ouvert, il y a des gens dedans. Rageant contre le non-sens flagrant de ces explorateurs en culotte courte, nous retournons voir ; effectivement il y a du monde : deux messieurs dont l'un parle très bien le français et nous explique que ce me sera ouvert que dans une dizaine de jours car ils font de petites réparations. Désorienté « Simoun » nous promènera dans les installations portuaires de la marine de guerre, espérant trouver une plage ; puis désabusé se rallie à notre solution d'aller voir du côté de Rafina. Bien sûr il faut traverser Athènes et naturellement nous y serons vers 13h, l'heure de sortie des bureaux, autant dire en plein embouteillage. Et c'est ainsi que nous perdons « Simoun » de vue à un feu rouge. Espérons qu'avec le plan d'Athènes et ses sorties ils arriveront à bon port !

Quant à nous, nous essayons de trouver la bonne direction. Après tours et détours nous passons dans le quartier de l'Acropole avec ses ruines et gagnons la route de Marathon. Nous atteignons Rafina vers 14h30 seuls. Avant de nous installer bien en vue pour que « Simoun » nous voie, nous allons voir au camping, il est ouvert, c'est merveilleux !

(3) Il vaut mieux que ce soit à eux que cela est arrivé, car nous ne sommes plus assurés depuis le 8 mars, croyant être passé de l'autre côté de la Méditerranée.

Nous attendons donc dans l'auto, puis quand le soleil a un peu baissé, nous allons profiter du calme de ce petit village au bord de la mer, balayé par le vent. Comme nous retournons à la jeep, « Simoun », dans son bruit d'enfer arrive ; il est 17h. Ils ont eu un accident, sans gravité, une poignée de porte et deux rétroviseurs d'arrachés, mais il a fallu faire venir la police, faire un constat, etc...3

C'est donc vers 18h que nous prenons notre seul et unique repas du jour : pâté, sardine, poulet riz pilaf. Nous repartons, après avoir monté la tente, faire un tour dans la pinède environnante en attendant que le chauffe-eau pour la douche donne une bonne température. Nous faisons donc notre première grande toilette depuis le départ et ça fait du bien de temps en temps. Et par là dessus une bonne nuit sur les lits de camp.

 
 
Mercredi 10 mars, 8435 km

Toute la matinée « Simoun » essaiera de récupérer l'argent de dédommagement de l'accident, en vain. Quant à nous, vus le soleil et le vent je mets en branle une bonne lessive tandis que Jean entreprend la révision du véhicule, graissage, changement de roue, collage du polyester au plafond. Vers 13h30 pâté, spaghetti et boulettes de viande. L'après-midi se passe calmement et tandis que « Simoun » sera invité par un grec fou de chasse dans la soirée, nous autres, las de les attendre, mangerons Pescadou et cassoulet.

 
Jeudi 11 mars, 8440 km

Tout le monde décide de prendre le car pour se rendre à Athènes : « Simoun » pour récupérer son argent, comme hier, nous pour faire valider les billets de bateau pour le dimanche 14. En attendant le car nous nous renseignons sur les tarifs : 20 drachmes par personne pour aller à Athènes, ce serai 300 en taxi. Et nous voilà partis pour la capitale dans un autocar pas trop extraordinaire ma foi ; à part que les vitres sont presque opaques par la saleté, et que toute la largeur du véhicule, devant, au dessus du conducteur et du receveur est décorée de photos, dessins, guirlandes. Le prix exact pour Athènes est 19 drachmes. (n.d.l.r. drachme : ancienne unité monétaire de la Grèce.)

Arrivés en ville nous recherchons une station de métro pour nous rendre au Pirée. Comme il nous faut de l'argent, ne serait-ce que pour payer le camping, avant le métro nous trouvons une banque au panonceau carte bleue internationale. L'employé nous fait les papiers sans problème mais cela arrive au supérieur, celui-ci ne semble pas satisfait. Il nous demande si ce sont des francs français ou des francs belges, pourquoi ? Nous ne le saurons jamais ; puis commence à nous baragouiner je ne sais trop quoi en anglais, il est question d'extérieur (outside) mais à part cela c'est le trou complet. Il réussit à trouver parmi ses clients un grec instruit qui parle français et qui nous explique qu'il ne peut pas prendre notre chèque, il faut qu'il y ait marqué payable à l'étranger et non payable à l'agence X..., qu'ils ont déjà eu plusieurs chèque de ce genre qui leur sont retournés impayés. Le grec francisant nous conseille d'aller à la banque centrale. Nous avons beau leur expliquer qu'au Maroc ça marche avec ces chèques-là, ils ne veulent pas en démordre.

Nous allons donc à la banque centrale. Comme les explications du grec francisant ne sont pas évidentes pour s'y rendre, nous entrons dans une agence au panonceau tricolore. Ils ne prennent pas la carte bleue, il faut aller à la banque centrale, 2ème rue à gauche. Ce renseignement précis ne nous conduira pas à la banque centrale mais à une agence portant le panonceau mais qui ne prend pas la carte bleue ; et nous envoie à l'agence tout de suite au coin qui porte aussi le panonceau mais qui ne font pas la carte bleue, c'est l'agence un peu plus loin. Le ton commence sérieusement à monter, il ne faut pas se foutre de nous ! Mais la dernière agence, comme toutes les autres, porte le panonceau CBI (n.d.l.r. Carte Bleue Internationale.) mais ne l'honore pas ; on nous dit d'aller à la banque centrale tout en refusant de nous donner l'adresse d'un air de dire c'est tout droit et ça se voit de loin.

À force de tourner et de retourner nous finissons par trouver la banque centrale. Le bureau de change, je montre timidement ma carte bleue et l'employée, oh miracle, à l'air au courant. Elle remplit les papiers, tout bien :

« passeport... », « ah non ce n'est pas possible. », « pourquoi ? », « il faut que tous les papiers soient au même nom. ».

Vive la législation française qui autorise les femmes à garder leur nom de jeune fille sur leur passeport ! Mais à l'étranger ils ne comprennent pas bien et ce n'est pas le pied ! Heureusement que j'ai fait faire un second passeport à mon nom de femme mariée, ainsi l'employée, toute étonnée que le 1er passeport soit à moi alors que ce n'est pas mon nom qu'il y a dessus, consent à me donner de l'argent.

Le service carte bleue va encore entendre parler de moi et après les services marocains ce sont les grecs qui vont en prendre pour leur grade. Maintenant renfloués, nous prenons le métro jusqu'au Pirée. Nous y mangerons des souvlaki avant de nous rendre à l'agence de l'Adriatica. Là une personne parlant français nous explique que c'est toujours la grève en Italie que le bateau ne viendra pas avant lundi de toutes façons, mais que que nos billets resteront valables.

Nous reprenons donc le métro jusqu'au pied de l'Acropole. Nous allons faire du tourisme, mais à part quelques statues bien conservées et un théâtre, nous ne sommes guère attirés par ce champ de pierres ; et le ciel d'un gris soutenu ne nous aide pas à apprécier ces monuments à leur juste valeur. Nous retournons alors à la station de bus à travers des quartiers que nous n'avions pas encore visités. Et nous retrouvons au camping sous le vent et la pluie. Le fin de l'après-midi s'écoule calmement malgré les rafales de vent et nous terminons la journée par un velouté de champignons, des ravioli.

 
Vendredi 12 mars, 8440 km

La pluie n'a pas cessé et le vent a redoublé cette nuit, arrachant 2 piquets du double toit qui commence à venir mouiller la tente. Il est 7h environ quand nous nous levons pour mettre un peu d'ordre dans tout cela. Ce matin nous retournons en car à Athènes obtenir des renseignements pour le passage éventuel d’Égypte en Libye puis en Algérie.

Pendant ce temps « Simoun » essaie de se faire rembourser et va chercher des nouvelles du bateau ou peut-être un bateau pour aller à Tunis. Pour la Libye pas de problème et l'on peut prendre les visas en Égypte. Nous rentrons donc au camping où il ne fait guère meilleur que ce matin.

(4) Pour nous pas d'hésitation le bateau russe le 15 ou l'Asie.

Après une choucroute Jean continue sa révision de l'auto tandis que je consulte guides et cartes de l'Afrique de l'Ouest. « Simoun » revient en fin d'après-midi : Cagliari pas avant mercredi et pas de solution pour Tunis4.

Jean est en train de régler l'allumage d'après le livre technique de la jeep tant et si bien qu'après de multiples essais, le changement de l'allumeur, la voiture ne veut plus démarrer. Le Dodge devra la tirer demain jusqu'à un garage pour arranger cela. Ce soir au menu : bouillon Bovril et choucroute, ça change !

 
 
Samedi 13 mars, 8440 km

La pluie a continué à tomber pendant la nuit, mais le vent s'est un peu calmé. Vers 9h la caravane Dodge-jeep part vers un garage pas loin dans Rafina  ; et tandis que « Simoun » continue sa route jusqu'à Athènes toujours pour se faire rembourser, j'attendrai dans la tente. Bientôt 9h15 Jean revient en jeep, c'était un truc idiot, une histoire de numérotage de cylindres, et maintenant ça roule !

Une fois encore nous allons à Athènes et au Pirée, cette fois pour annuler les billets de l'Adriatica et prendre ceux pour le bateau russe. Quand nous arrivons à l'agence un gars est en train de téléphoner à Venise : « Pas avant jeudi 18 au Pirée et encore ! ». Avec nous, 3 allemands dans la même situation que nous, et ne savent que faire. Nous nous faisons rembourser, en drachmes, les billets immédiatement et sans perte si ce n'est le change et allons à l'agence qui réserve pour le bateau russe.

Malheureusement, la fille téléphone pour savoir s'il reste des places et ils ne peuvent pas prendre la voiture ! « Mais vous pouvez prendre l'espresso Cagliari ! ». À d'autres ! Mais pleine de gentillesse elle téléphone à l'Adriatica pour nous dire que peut-être le jeudi 18...

C'est décidé nous irons en Asie. Un souvlaki et une barre de chocolat aux amandes dans le ventre, nous regagnons Athènes. Nous visitons de nouveaux quartiers et pouvons assister vers 14h à la relève de la garde des Evzones devant le palais du gouvernement (?) (n.d.l.r. le Parlement.). Quand nous nous retrouvons à Rafina le ciel est toujours gris mais il n'y a plus de vent ou si peu, la mer aussi s'est calmée. Menu du soir : velouté d'asperges, spaghetti sauce tomate.

 
Dimanche 14 mars, 8440 km

La journée s'annonce chaude, mais pas du point de vue météo.

(n.d.l.r. : Le déroulement de cette journée a été pénible. En effet ce fut la rupture avec nos compagnons de voyage, chacun reprenant ce qu'il avait apporté pour la vie en commun. La retranscription à chaud de cette journée n'a pas un grand intérêt dans ce récit de voyage, mais nous indique qu'il n'est pas toujours facile de vivre en communauté 24h sur 24h avec des personnes que l'on ne connaît pas bien.)

 
Lundi 15 mars, 8440 km

La nuit fut très humide car un orage d'une grande violence a sévi. Les affaires commencent à flotter dans le tente. Après avoir asséché un peu tout cela, l'avoir rangé dans des sacs en plastique, nous plions notre maison de toile et quittons Rafina vers 9h. Que la route vers Athènes nous semble belle, comme l'on se sent libre sans Dodge pour nous boucher la vue. À Athènes nous reprenons 75 litres de bons d'essence.

 

(5) Nous faisons une halte à la poste en particulier pour renouveler le contrat d'assurance automobile.

5Puis après avoir erré de banque en banque, c'est une habitude chez nous !, nous atterrissons à la banque de Grèce ; de nouveau nous passons de bureau en bureau tout cela pour changer les drachmes du billet de bateau contre des dollars. Munis de cette monnaie nous regagnons l'auto ; de bons petits beignets à la confiture nous récompensent et nous donnent de l'élan pour nous frayer un chemin à travers cette foule qui, à n'importe quelle heure de n'importe quel jour, noircit les trottoirs autour de la place Omónia, centre ville. En plus aujourd'hui, nous sommes gâtés il y a des manifestations.

Nous achetons des fruits pour nous rafraîchir l'estomac qui n'en vu qu'une fois depuis notre départ. Ainsi le cœur léger nous quittons Athènes vers 14h en direction de Thives (n.d.l.r. Thiva, Thèbes.). Le paysage est sauvage, cela nous change de l'autoroute. Les voitures sont rares, la route pas trop large est tracée dans des rocailles blanches couvertes d'épineux.

Nous passons des cols puis, au sommet de l'un d'eux, nous sommes saisis par le changement brutal de végétation, nous surplombons une immense plaine verdoyante ; la coupure entre les 2 paysages est comme coupée au couteau. La route continue calmement, éclairée de temps en temps par un rayon de soleil jusqu'au km 8630 où nous tombons en panne d'essence à quelques mètres d'une station-service. Nous écoulons nos bons d'essence. Jean met en service le réservoir sous le siège qui n'a pas servi depuis le départ. Ce n 'est pas une réussite, l'essence est mélangée à de l'eau ! Sûrement suite au rinçage qui a été fait après la soudure. Nous laissons tomber ce réservoir pour le moment et reprenons la route sous la pluie et dans le nuage. Le temps ne doit pas toujours être radieux, vu l'état de la chaussée qui se transforme en piste en bien des endroits. Le temps est au sec quand nous nous arrêtons à 21h un peu après Larissa. Pamplemousses, crème de gruyère et dodo dans la voiture.

 
Le tour de l'Afrique ? La Grèce

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(6) Assez régulièrement nous croisons des convois militaires. Vers 12h panne d'essence, nous roulons tellement plus aisément qu'avec « Simoun » que nous ne voyons pas passer les km ! Nous mettons les 35 litres des jerricans et profitons de l'occasion pour manger : viande hachée de mouton, un vrai délice et ça change des conserves ; pamplemousses.

 
Mardi 16 mars, 8821 km

Départ 8h. Le soleil se lève sur le mont Olympe. Nous refaisons en sens inverse le chemin que nous avons fait il y a quelques jours, sur cette route, bordée d'arbres en fleurs, coincée entre mer et montagne. En arrivant à Thessalonique l'atmosphère devient suffocante, ce ne sont qu'industries sur industries, un vrai désastre, pauvre ministre de l'environnement !6

Puis nous longeons la mer, de bien près parfois, et nous y trouvons le soleil tandis que les montagnes à notre gauche sont coiffées de nuages gris. Tout au bord de l'eau, près de Xánthi, nous avons vu 2 cigognes dans un champ ! Puis un peu plus loin, 2 minarets dans des bourgades ! Ça sent la Turquie. Les femmes portent de longues robes noires, et sont coiffées d'une écharpe blanche, brodée ou bien sombre et toute simple. Km 9219 nous épuisons nos derniers drachmes en prenant 40,9 litres d'essence ; 15,9 drachmes le litre (n.d.l.r. drachme : ancienne unité monétaire de la Grèce.)  ! de quoi vous faire regretter de ne pas avoir pris plus de bons d'essence. Après Komotini oliviers verts et arbres roses se mélangent harmonieusement. Passé Alexandropoulis (n.d.l.r. Alexandroúpoli.) la sécheresse prend le dessus : herbe jaune et rose, feuilles rousses.

Après avoir croisé bien d'autres convois militaires nous nous arrêtons dans l'intérieur des terres au calme. 18H15. Ravioli et fruits nous calerons l'estomac. Puis après avoir descendu les bagages vers l'avant de la voiture, nous nous couchons à l'arrière.

 
Mercredi 17 mars, 9316 km

Agréablement réveillés par le jour, bien qu'il soit grisâtre nous démarrons à 8h, Nous approchons du fleuve frontière (n.d.l.r. Evros en Grèce et Méritch en Turquie.). L'entrée du pont est gardée par des militaires grecs et seule une moitié de la chaussée est libre. Au milieu du pont des grecs en armes sont postés devant leur guérite ; quelques mètres plus loin, les mêmes en turc, puis à la sortie du pont, militaires turcs et douaniers. Après cet accueil un peu glacial nous passons sans histoire au contrôle et continuons notre chemin.

À 9h nous pénétrons en Turquie. Au bout de quelques km nous stoppons près d'une source pour faire la vidange du radiateur. Les sources aménagées sont nombreuses le long de cette route, mais malgré tout l'herbe est toute desséchée. À Tekirdağ nous faisons un arrêt change : 1 lire turque = 0,28 franc (n.d.l.r. lire ou lira turque : unité monétaire de la Turquie.). Le long de la mer de Marmara, les prés sont verts ; et ce ne sont que des groupements de petits bungalows, de terrains de camping. Nous irons jusque sur la plage pour manger des ravioli et des fruits ; la mer est calme et se confond avec le ciel, tous deux blanchis par le soleil qui tente de percer.

Et pour changer un peu km 9538 panne d'essence ! Cette fois le réservoir sous le siège, vidé de son eau, va nous dépanner. Et 1 km plus loin nous faisons le plein des réservoirs et des jerricans : 170 litres, 1 litre = 270 kuries (n.d.l.r. sous unité de la lire ou lira turque : unité monétaire de la Turquie.), et c'est de l'essence bleue. Il est environ 15h30 quand nous abordons Istanbul ; la circulation, jusqu'alors relativement calme, s'intensifie dangereusement et devient franchement démentielle, elle ne faillit pas à sa réputation.

La ville n'est qu'un embouteillage de taxis, cars, minibus, trolleys, charrettes à cheval où personne ne respecte rien et fonce. Il nous faudra un bon moment à circuler dans des ruelles plus ou moins pavées et très pentues pour trouver un bureau de tourisme. Là nous demandons un camping et l'adresse des ambassades : ici il n'y a que l'Iran, l'Afghanistan il faut aller à Ankara. Nous repartons dans un dédale de rues et un fouillis de véhicules pour gagner vers 17h la station-service BP, camping Mocamp coincée entre la grande route Edirne - Istanbul et l'aéroport Yeşilköy ; en un mot, au calme ! Pour nous réconforter les installations dans ce camp sont formidables : bacs à vaisselle avec eau chaude, table à repasser, bacs à lessive avec eau chaude et luxe suprême : douche chaude ! Nous en prendrons pour notre argent, et pendant plus d'une heure nous jouirons de cette douceur. Presque un mois que nous ne nous sommes pas lavés ainsi ! Un grand plat de tagliatelles à la sauce tomate, des oranges et un gros dodo par là dessus.

 
Jeudi 18 mars, 9653 km

Décidément nous sommes à l'heure de la nature ! Nous nous levons avec le jour. Un vrai bonheur de faire la vaisselle à l'eau chaude, courante ! Nous mettons en branle une grande lessive : c'est le nettoyage de printemps !

Et à 9h nous partons vers Istanbul pour y passer la journée. Nous nous perdons un peu, mais rapidement nous garons la voiture et partons déambuler dans la ville. Le pont de Galata ; le marché égyptien avec ses fantastiques étales de fruits et légumes frais, tous astiqués jusqu'à briller ; ses fruits secs ; ses poissons si appétissant ; les mosquées, la mosquée bleue bien sûr mais toutes les autres aussi ; le Grand Bazar et son orgie de bijouteries je crois n'en avoir jamais vu autant de ma vie et il faut voir les vitrines où les bracelets sont enfilés les uns à côté des autres sur des tiges, où le bagues de toutes sortes s'amoncellent ; ce ne sont qu'éclats qui se reflètent d'une vitrine à l'autre de part et d'autre de la rue couverte. Après c'est le royaume du tissage et tandis que dans les étages le claquement des métiers retentit, en bas les tissus s'amoncellent.

Les tapis, les peaux de bêtes partout c'est l'abondance, l'entassement sans souci de présentation ; c'est stupéfiant. Sortis de là nous allons vers le pont Atatürk, sur la Corne d'Or, avec ces bateaux qui fument, qui fument et assombrissent tout autour d'eux. Mosquées et fontaines se succèdent. Entre deux nous mangeons des crêpes-pizzas maison, le dessus c'est comme une pizza et le fond c'est comme de la pâte à crêpes. Nous continuons à circuler dans une cohue de voitures car les trottoirs sont toujours encombrés, puis avant de quitter la ville nous finissons nos emplettes : saucisses bœuf-mouton, fruits, légumes frais, œufs , riz... et nous goûtons à ses petites couronnes de pâte que nous examinons depuis la Grèce déjà et que vendent une foule de marchands ambulants. Ce n'est pas mauvais du tout, c'est couvert de petits grains d'on ne sait quoi, ça bourre un petit peu mais c'est très bon ! Nous avons repéré le chemin pour gagner le camping que nous trouvons aisément.

Jean bricole un peu, pose une serrure sur la porte car les autochtones commencent à toucher à tout. Pendant ce temps je mets à jour le journal de bord, étudie le plan de la ville, examine l'itinéraire. L'ambassade d'Iran, que nous avons trouvée presque par hasard, nous à ouvert les portes de son pays : pas de visa, juste un carnet de passages en douane pour la voiture.

Au menu ce soir : omelette aux tagliatelles et aux tomates. Le seul regret de la journée c'est qu'il ait fait gris tout le temps et relativement frais.

 
Vendredi 19 mars, 9695 km

Nous quittons le camping à 8h30. Nous arrivons assez bien à nous repérer dans Istanbul et laissons la voiture aux portes de la ville comme hier. Le ciel est encore plus bas qu'hier, il semble qu'il se passe ici à peu près le même phénomène que le « fog » à Londres, il faut dire que les camions et les cars qui fument noir, les bateaux sur la Corne d'Or qui font de même et les usines, ça devient irrespirable, je ne sais pas si l'on voit souvent le ciel bleu au dessus de cette ville. Aujourd'hui nous allons traverser le Corne d'Or mais avant tout nous allons changer de l'argent et passer au Grand Bazar acheter des gants pour Jean, car ce n'est pas la chaleur !

Cela fait nous empruntons le pont Atatürk, pont flottant tout comme celui de Galata où pour passer en dessous les bateaux doivent baisser leur mât ou leur cheminée selon le cas. La Corne d'Or sépare deux quartiers complètement différents : au sud le quartier traditionnel avec ses monuments typiques, ses marchés de fruits et légumes, ses marchands de poissons, ses porteurs de tout chargés à n'en plus pouvoir ; au nord le quartier des affaires avec ses gents bien habillés qui déambulent dans les rues, avec ses agences de tourisme, de voyage, ses hôtels, ses boutiques de luxe, ses cinémas. C'est donc ce quartier nord que nous découvrons aujourd'hui. Il est bien sûr, moins intéressant que l'autre, mais non déplaisant. Avec notre flair habituel nous trouvons aisément l'ambassade du Pakistan où, avec quelques difficultés de langue, nous finissons par comprendre que nous n'avons pas besoin de visa. Tout en déambulant nous avons mangé des crêpes-pizzas, et après avoir bien monté dans ce quartier nous redescendons vers les ponts par des coins moins luxueux. Nous atteindrons le camping vers 16h30 un peu frigorifiés. Un peu de lecture, de courrier et nous dégustons une ratatouille maison : courgettes, tomates et saucisses genre merguez.

 
Le tour de l'Afrique ? La Turquie - Istanbul

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Samedi 20 mars, 9738 km

Nous avons décidé d’abandonner Istanbul pour cette fois-ci et nous plions bagages. À 10h30 nous dégageons le terrain. La ville est toujours dans sa brume et bien après le fameux pont sur le Bosphore, ce nuage enrobe le paysage. C'est à partir d'Izmit seulement que nous voyons enfin le soleil, nous longeons la mer de Marmara. Petit intermède sous forme de panne d'essence : le réservoir sous le siège est à sec. 13H30, 9907 km. Nous longeons le lac d'Izmit puis suivons une très jolie route dans la montagne avant d'arriver à Bursa : entre le vert des herbes, le brun le roux des arbres c'est la plus grande harmonie. Bursa elle aussi est enveloppée de fumée.

À partir de l'intersection avec la route de Karacabey et jusqu'à Susurluk la route revêt franchement un caractère de piste : on n'arrive pas à déterminer si la route est complètement détériorée ou si elle est en cours de construction ! Ensuite elle reprend une allure normale dans une campagne vallonnée où abondent des troupeaux de moutons gardés par des bergers vêtus de capes très larges surtout au niveau des épaules. C'est toujours par un temps radieux que nous nous arrêtons à 17h30 dans un petit chemin. Jean vidange à tout va moteur, boîte, ponts, radiateur fortement soutenu par des indigènes qui passent par là restent immobiles et sans un mot une heure durant. Mais nous serons seuls pour manger du riz avec des saucisses et nous installer pour dormir à l'arrière de la voiture.

 
Dimanche 21 mars, 10172 km

La buée que nous avons dégagée s'est condensée au plafonds et a gelé pendant la nuit. Pas étonnant que nous ayons froid aux mains quand nous les sortons des duvets ! Une petite promenade dans la fraîcheur du matin en attendant que le soleil réchauffe l'atmosphère et nous quittons cette bute à 8h30.

Par une route serpentant dans des montagnes nous atteignons Bergama et ses ruines. Naturellement il faut payer pour rentrer, il faut payer pour photographier ! Nous ne nous laisserons pas faire et contournerons les monuments en passant sur un adorable petit pont.

Et après avoir vu de loin ces restes de ville nous irons au marché qui, à 11 heures, s'installe seulement. Nous verrons un marchand de loukoums qui les fabriquent sous vos yeux, et les éternels cireurs de chaussures qui s'obstineront auprès de nos pataugas.

Pourvus de fruits et légumes nous reprenons la route pour nous arrêter un peu plus loin, près de champs d'oliviers dans une clairière parsemée d'anémones rouges, de pâquerettes et autres fleurs ; Jean profite de cette halte pour nettoyer le carburateur car depuis des jours ça pétarade de temps à autre sans prévenir. Ce récurage n'est pas inutile vue la poussière qui s'est infiltrée partout. Ce midi nous mangeons pommes de terre et tomates rissolées suivies de fruits.

Presque tous les paysans qui passent sur le chemin à pied, à dos d'âne, en charrette ou en tracteur s'arrêtent pour regarder, nous font un signe de la main, l'un d'eux vient jusqu'à nous serrer :

« Italiano », « Non français », « Ah français, D'Estaing, D'Estaing ! », « Oui c'est ça ».

Ce fut notre seul conversation faute de vocabulaire, et après quelques minutes de contemplation le paysan repart. Puis à notre tour nous nous dirigeons vers Izmir. Lorsque nous décidons de stopper pour la nuit nous nous trouvons déjà dans la banlieue d'Izmir et Dieu sait si elle est étendue ! Nous allons donc visiter cette ville : station balnéaire de premier ordre sans grand intérêt surtout un dimanche ; le parc culturel payant ne nous verra pas, en le longeant nous apercevons des tas de pavillons publicitaires : c'est une foire internationale ; quelques statues, des rues désertes sauf au bord de la mer où c'est la grande foule.

La nuit commence à tomber à 18h30 quand nous essayons de sortir de la ville : après de nombreuses allées et venues, un motard nous explique, en allemand, la route à suivre pour se rendre à Efes. Et dans la circulation infernale des citadins qui rentrent de week end (et oui, ici aussi), nous trouvons la direction souhaitée. Rapidement nous nous écartons de cette grande artère pour nous installer, dans un calme tout relatif pour la nuit. Spaghettini, saucisses et dodo.

 
Le tour de l'Afrique ? La Turquie - Bergama

 

 
Lundi 22 mars, 10415 km

Départ 8h15. Dès l'abord de Selçuk, par une piste, les ruines d'Efes s'annoncent par des restes de remparts et autres édifices. En effet, Efes n'est pas une ville, moi qui me disais « Je vais en profiter pour acheter à manger », je ne suis pas déçu. Mais Efes est surprenante, ce fut une ville à l'époque des romains qui a été abandonnée, maintenant les vestiges sont entourés de fils barbelés ; bien sûr l'entrée est payante. Une fois de plus nous allons ruser et en montant sur les collines alentour nous allons surplomber l'ensemble et avoir une idée globale de la disposition de la ville. N'étant pas de fanatiques de vieilles pierres ce point de vue nous satisfera pleinement et nous partons contents sous le nez du gardien.

Nous continuons vers le sud et tout le long la route est jalonnée de vestiges romains signalés par des flèches jaunes. Nous ne les visiterons pas tous. Mais dès que nous nous arrêtons, ces lieux historiques, déserts quelques instants auparavant se peuplent soudainement et l'on essaie de nous vendre des bricoles sans que nous arrivions à déterminer ce que cela peut-être. Sur une petite route pittoresque en direction de Bodrum, nous tombons en panne d'essence à 13h45. 10632 km. Un jerrican de 20 litres devra faire l'affaire jusqu'à la prochaine pompe , le second étant réservé pour le nettoyage des pièces mécaniques et le réchaud. Pour mettre un peu de piquant la première pompe venue n'a plus d'ordinaire. Le tout étant d'espérer que Bodrum, qui est presque au bout de la terre, soit approvisionné régulièrement ; car avec 20 litres nous allons tout de suite faire 130 km de quoi allez jusqu'au bord de la mer revenir pour essayer de gagner une ville assez importante comme Muğla.

Par deux fois sur la route sinueuse qui mène à Bodrum, nous percevons un drôle de bruit qui semble venir du pont arrière. Celui-ci perdant de l'huile depuis que Jean a fait la vidange, il serait peut-être temps de s'arrêter. C'est chose faite à la première station-service de Halicarnasse (ou Bodrum) où nous faisons le plein : 179 litres (2,79 TL le litre), 10679 km. Et ça sent bougrement le chaud dans cette voiture, et ça fume de sous le capot, ce n'est pas ce à quoi l'on s'attendait. Au bout d'un moment Jean réalise que c'est la dynamo qui chauffe parce que je ne sais trop quoi reste collé. Sur la pointe des roues nous nous avançons jusqu'aux campings du bord de mer et finissons par en trouver un qui, bien qu'en travaux comme les autres, consent à nous accueillir. Nous montons la tente et repartons à pied vers le centre ville distant de 2 à 3 km.

Ici les taxis, reconnaissables par leurs bandes de carrés jaunes et noirs, sont presque uniquement des jeeps. Les gens bien qu'attirés par notre passage, ne semblent pas surpris ; vu le nombre de motels, campings, ce doit être infesté de touristes l'été. Une promenade, bordée de palmiers, longe la mer ; une forteresse garde l'entrée du petit port. Revenus de ce village relativement bien achalandé pour son isolement nous mangerons du poisson, des rougets barbets avec du riz aux oignons, puis des fruits. Nous commençons ici à filtrer l'eau.

 
Mardi 23 mars, 10684 km

La nuit a été d'un calme olympien et le doux clapotis de la mer derrière nous nous a bercé. Il fait un temps radieux et nous commençons à quitter les pulls. Les gens du camping sont charmants et quelques bafouillages nous font sympathiser. Je fais un peu de lessive et pendant que Jean entreprend de remettre l'ancien carburateur, je vais en ville faire les courses.

À mon retour, œufs sur le plat, pommes de terre et oignons rissolés comblent nos estomacs. Puis après-midi nous partons nous promener sur les collines avoisinantes tout d'abord voir de plus près une de ces citernes qui fournissent l'eau aux autochtones, puis plus loin nous contournons les ruines de 7 moulins à vent, les premiers que nous voyons ; même en Grèce pourtant réputée pour ses moulins, nous n'en avons pas vu. Nous redescendons ensuite vers la mer et dans la campagne bordant l'eau nous distinguons avec stupeur trois chameaux ou dromadaires en train de brouter. Étant donnée la charge qu'il ont sur le dos, nous n'arrivons pas à déterminer s'ils ont deux bosses ou une seule. Au bord de la mer, ce sont des rochers et le terrain ressemble fortement à des coulés de lave qui auraient été arrêtées par l'eau, plus nous progressons sur ce sol rugueux plus nous sommes persuadés que nous sommes sur une terre volcanique.

En début de soirée nous aurons la surprise, pas très heureuse il faut le dire, de trouver tous les magasins de la ville pratiquement clos, il est 19h. Surprise encore plus désagréable en rentrant au camping, le pain que j'avais acheté ce matin et que nous avions laissé dans la tente a disparu. Après réflexion nous opterons pour un chien affamé, il y en a beaucoup dans la région, car rien d'autre n'a été dérobé ou c'est un être humain qui mourait de faim et qui avait l'odorat bien développé pour son espèce : tant mieux pour lui ! C'est donc sans pain que nous mangeons à nouveau des œufs durs cette fois-ci avec des spaghettini à la sauce tomate.

 
Mercredi 24 mars, 10684 km

Dans le début de la nuit le voleur de pain est venu nettoyer la gamelle des pâtes : c'est un des chiens du camping voisin. Ensuite la nuit a été très calme et quand nous nous levons au petit matin le ciel est toujours aussi pur. Jean pose, ce matin, les verrous que nous avons acquis hier pour les portes de la voiture. Parle chemin campagnard bordé d'innombrables fleurs que butinent les abeilles, je vais en « ville », les commerçants commencent à me connaître. Je constate que les gens ici sont très accueillants il y en a bien quelques uns qui me regardent bien fixement, mais il n'y a pas de gosses qui accrochent et font la manche comme au Maroc par exemple. D'ailleurs les seuls enfants que je vois sont des écolières tout en bleu marine. Les femmes dans leurs pantalons bouffants taillés dans des tissus imprimés de fleurs, et coiffées de leur grande écharpes de toile ne sont pas désagréables à voir et même de tête elles sont vraiment jolies. Rien à voir avec les grecques plutôt « soufflées » et relativement fermées à notre égard. Il n'y a pas à dire jusqu'à maintenant tant par ses paysages que par sa population, la Turquie nous séduit.

Après des tagliatelles et des fruits (rien que des oranges car je n'ai pas trouvé de pommes), nous allons nous promener en bord de mer cette fois vers l'ouest. La côte est toujours rocheuse et une multitude d'oursins y habitent, malheureusement nous ne découvrons pas la méthode pour les manger pour qu'ils nous paraissent appétissants !

Donc ce soir ravioli et oranges.

 
Jeudi 25 mars, 10684 km

Aujourd'hui nous partons à 9h30 avec un sac à dos nous balader dans la montagne, le soleil est toujours là. Nous réussissons à gagner de petits sentiers qui nous mènent sur les hauteurs d'où nous avons une vue superbe sur la mer, la côte et les îles. Sur notre chemin nous croisons... une tortue. Après un repas froid : sardines, œufs durs, saucisse et oranges, nous redescendons à travers broussailles, épineux, lavande.

Nous regagnons le camping en début d'après-midi et repartons immédiatement munis des maillots de bain. Quand même être au bord de la mer par un temps pareil et ne pas se baigner ! Nous retournons dans les rochers, c'est plus pittoresque. Mais l'eau, tiède à la main, est plus froide aux pieds et plus elle monte sur le corps plus elle est froide et se maintenir en équilibre sur les rochers arrondis, ce n'est pas ça ! Finalement courageusement comme pas deux nous ne dépasserons pas la taille comme hauteur d'eau et après un séjour, immobiles autant que possible, dans cette eau nous remonterons nous allonger sur les rochers chauffés par le soleil. Lorsque nous rentrons dans le soirée des nuages blancs couvrent le ciel.

Riz aux oignons et à la saucisse, oranges ; il est à peine 21h quand nous nous couchons et nous pensons aux amis : René, il doit être à la CR (n.d.l.r. Croix Rouge.), oh non, il doit travailler à cette heure-ci ; Richard aussi doit être au boulot, à moins qu'il soit au cinéma... ou au restaurant avec Georges.

 
Vendredi 26 mars, 10684 km

Jean va changer le joint qui fuit à l'arrière droit pendant que je vais acheter à manger. Comme presque chaque jour depuis que nous sommes là, je vais suivre le même chemin et une fois de plus je vais longer ce qu'ils appellent le musée : ce n'est qu'un tas de pierres que l'on ne peut d'ailleurs pas voir de près mais qui fut, à son époque de gloire, un mausolée qui comptait parmi les 7 Merveilles du Monde, il fut détruit par un tremblement de terre et les seules statues qui restaient intactes sont maintenant à Londres.

(7)Les femmes sont nombreuses à flâner sur ce marché, elles ont quitté leur tenue de travail, c'est à dire leur pantalon bouffant et sont en robe, elle aussi en tissus imprimé de fleurs ; elles sont toujours coiffées de leur écharpe le plus souvent de couleur claire.

Aujourd'hui il y a de l'animation au village et je ne tarde pas à découvrir que c'est le marché : sur la place publique les marchands de tissus, vêtements, chaussures et dans les rues du centre, les marchandes de fruits et légumes ; là je vais enfin trouver des pommes : elles sont petites et pas très belles mais elles nous changerons et nous éviterons d'attraper une crise de foie avec les oranges. Sur le marché, pas de viandes, pas de poissons7.

En passant à la poste j'ai la surprise de constater que leur horloge marque une heure de plus que ma montre, ce qui expliquerait que nous ayons trouvé les magasins fermés l'autre jour en début de soirée. Malgré tout je ne sais pas comment cela se fait : à Istanbul nous avions la bonne heure, peut-être est-ce comme en France où à certaines époques à la campagne on avançait les pendules d'une heure... Quand je rentre au camping Jean est toujours devant son pont pont arrière mais l'axe (#) ne veut plus rentrer, il ne reste plus qu'à démonter le pont pour voir ce qui gène ; et tout en mangeant du riz, du poisson (assez gros mais à part cela... très bon), des pommes oranges pamplemousses, nous envisageons ce que nous allons faire si c'est un roulement qui à lâché : télégraphier en France pour qu'ils aillent chercher la pièce à Pierrefitte et nous la renvoyer ici ; au mieux ça mettra pas loin d'une semaine, demain c'est samedi.

Et l'après-midi se passe en démontages, nettoyages, essais et vers la tombée de la nuit nous nous apercevons qu'un des axes (#) est tordu, celui qui passe dans le tordu n'étant plus centré ne peut plus s'emboîter là où il doit.

(n.d.l.r. : Suite au passage dans un trou sur la route, le tube d'essieu (axe !) a fortement tapé sur le châssis à causse, entre autre, du chargement en surpoids du véhicule, ce qui a cintré ce tube d'essieu.)

Le problème est maintenant de faire redresser ce tube, nous allons voir le responsable du camping qui très sympa et à l'aide de français, de quelques mots d'anglais et de gestes nous essayons de lui faire comprendre que nous voulons trouver une forge, enfin quelque chose qui chauffe pour redresser. Après quelques difficultés il nous dira « D'accord, demain à Bodrum... ». sur ce, nous dégustons des tagliatelles au « Bovril » avec des morceaux de saucisse, de l'œuf, puis des fruits et au lit !

 
Samedi 27 mars, 10684 km

Jean part en taxi jeep avec la gars du camping pour redresser son tube. Pendant ce temps là je reste au camping à faire de la cousette et des écritures. Puis vers midi Jean revient toujours avec le gars du camping mais cette fois en mobylette. C'est redressé !

Pendant la matinée le turc lui a parlé de la région, des clémentines, du bateau qu'il a, lui a fait visiter la ville un peu, lui a offert un thé, une de ses petite boissons un peu amères que l'on commande dans la rue au « serveur » qui circule son plateau à la main garni de petits verres... Après un repas de viande hachée (de mouton), de riz et de fruit, Jean s'attaque au remontage de ces axes et cette ça rentre ! Il y passe tout son après-midi et quand il s'arrête il fait déjà nuit et le vent s'est levé qui rafraîchi singulièrement l'atmosphère. Avant de se blottir dans les duvets : œufs durs, spaghettini au Bovril et fruits pour se réchauffer le corps.

 
Dimanche 28 mars, 10684 km

C'est toujours par un soleil radieux que nous allons faire diverses courses à Bodrum. Nous en profitons pour visiter plus à fond : les cales sèches avec bateaux en construction, des bateaux tout en bois pour la pêche ; tous ces artisans qui travaillent le cuir en en font des sandalettes, des ceintures, des barrettes, des sacs... Et après avoir attendu près d'une ½ heure en vain, que le marchand de pamplemousses veuille bien se montrer, nous rentrons à « Ayaz » camping manger de la viande hachée, du riz aux oignons et des fruits. Puis, sans même avoir le temps de demander un café, allongé dans l'herbe, Jean, dans un puissant ronflement, sombre dans une bonne sieste. Lorsqu'il se réveille, un peu plus tard, nous finissons de remonter le pont et la roue.

Ce soir, à notre table, nous aurons une chatte pour invité. Il faut dire que depuis que nous sommes ici les chiens se succèdent pour partager nos repas, nous accompagner dans nos promenades. Ce soir ce sera omelette aux pommes de terre et oignons rissolés, fruits. Mais contrairement aux chiens qui s'installent pour la nuit devant la tente et servent de gardien, la chatte elle s'installe douillettement sur mon duvet pour y passer la nuit.

 
Lundi 29 mars, 10684 km

Pour le petit déjeuner en plus de nous deux, il y a un chien, deux chiennes et la chatte qui redoute ses ennemis naturels se complaît sur mon lit de camp. Ce matin le ciel est tout gris, mais comme le vent s'est calmé la température est douce. Pour faire le chemin jusqu'à Bodrum et revenir je suis accompagnée par un chien et une chienne ; alors que Jean a comme la chatte pour vérifier les 3 autres roues, changer celle de l'avant gauche dont le pneu, depuis notre arrivée ici, s'est doucement mais complètement dégonflé.

Le repas de midi, riz aux oignons, œufs sur le plat, fruits. L'après-midi se passe doucement, après quelques bricoles sous le capot nous allons nous promener en ville et oh luxe ! nous achetons du beurre. Pas pour les épinards car nous n'en avons pas, mais pour les spaghettini de ce soir qui seront accompagnés par des tartines de pain beurré et suivis de fruits. La nuit est mouvementée car la pluie s'étant mise à tomber, le chien voulait se mettre à l'abri, la chatte qui se croie reine dans la tente n'arrête pas de râler après le chien. Toute la nuit elle va rentrer, sortir, chasser le chien. Il paraît que l'Arche de Noé aurait atterri sur le mont Ararat mais pour l'heure, nous avons l'impression que c'est à Bodrum qu'elle se tient.

 
Le tour de l'Afrique ? La Turquie - Bodrum

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Mardi 30 mars, 10684 km

Après avoir pris une bonne suée à ranger notre matériel, car le soleil malgré les nuages chauffe durement, nous quittons Bodrum et ses charmants responsables du camping Ayaz à 10h15. À la sortie du village nous avons droit à un contrôle de police puis nous reprenons la petite route sinueuse. Nous roulons dans la montagne où broutent vaches, chèvres, moutons, ânes. Vers 12h, au km 10780, vers Yatağan ça pétarade sec et à un tel point que nous nous arrêtons, le filtre à essence est d'une saleté repoussante, toujours ces particules rougeâtres qui nous ennuient depuis le début et qui proviennent sûrement du réservoir sous le siège. Sur ce, nous décidons de ne plus utiliser ce réservoir qui ne nous procure que des ennuis.

Encore et toujours de la montagne, très agréable ; la végétation varie des arbres en fleurs d'un rose très vif, aux épineux, aux conifères et à diverses espèces de fleurs de toutes les couleurs. Encore et toujours ces animaux qui déambulent le long de la route, par trois ou quatre, entravés ou non, gardés ou non, mais toujours tentent de traverser la route quand une voiture passe.

Peu à peu apparaissent de gros rochers noirs, moutonneux, style Île de Pâques, qui donnent un air bien particulier au paysage, très abrupts ils ont les pieds arrosés par un clair torrent vert. Avant Sarayköy devinez quoi qui nous arrive, ça ne charge plus. Une fois de plus le capot s'ouvre... cette fois c'est le régulateur qui a complètement cramé, il est tout noir et la peinture du couvercle toute cloquée. Nous allons continuer la route ainsi, mais nous laissons tomber les curiosités touristiques pour le moment et essayons de faire route jusqu'à un bled assez important où nous trouverons ce qu'il nous faut.

Nous dépassons Denizli, c'est une grande plaine entourée de montagnes enneigées ; nous longeons le lac d'Acigöl ; le paysage très sauvage est vraiment à notre goût. Les seules activités qui animent cette région sont les troupeaux de moutons relativement importants et la voie ferrée qui double la route ; sur cette voie circulent des draisines et de pittoresques petits trains à vapeur crachant tout noir. Avant de nous arrêter nous essayons de trouver du pain et pour cela pénétrons dans le village de Dazkiri. 1er boulanger fermé, plus de pain ; comme nous croisons un homme portant deux pains, nous essayons de lui demander où l'on peut en trouver, il nous explique dans son langage avec des gestes puis semble nous demander combien nous en voulons et soudain nous tend un de ses pains ; stupéfaits nous restons cloués quelques secondes puis sortons de la monnaie pour payer ce brave homme. Mais là rien à faire, il refuse catégoriquement, nous aurons beau insister, il s'en ira sans prendre nos rondelles qui tomberont dans les mains des gosses qui commencent à affluer autour de nous.

Nous nous arrêtons un peu plus loin à 17h45 et tandis qu'un vent violent souffle à l'extérieur, nous mangeons des ravioli, du pain beurre et des fruits. Puis en vitesse, à cause du vent, nous installons nos couchettes et à peine sommes nous couchés que la pluie clapote sur le toit, et ce jusqu'à minuit.

 
Le tour de l'Afrique ? La Turquie - Entre Bodrum et Sarakay

 

 
Mercredi 31 mars, 11102 km

Partis à 8h sous un timide soleil qui essaie de percer les nuages blancs, nous circulons encore entre les montagnes couvertes de neige. À la sortie d'Isparta un camp militaire qui comme tous ceux que nous avons déjà vus en Turquie est à la vue de tout le monde, tout le matériel est dehors ; une simple rangée de barbelés, pour le principe, entoure tout cela. Peu après au sommet d'un col, nous amorçons une descente, normal me direz-vous, mais cette descente, assez rapide, plonge vers le lac d'Eğirdir. Et ce lac remet dans l'air une certaine humidité dans le paysage qui, depuis de nombreux kilomètres, est bien aride. Le lac est très beau, ses rives sont abruptes mais malheureusement il n'est pas question de photographier car Eğirdir est une ville militaire, toutes les installations sont sous nos yeux : on peut voir les soldats à l'entraînement, au tir, même la clique...

Puis, passé ce lac, de nouveau l'aridité, les montagnes s'adoucissent quelques peu. Les villages, rares, se fondent dans le paysage : briques et toits rouge sombre même la mosquée. À Sarkikaraağac nous faisons le plein, 101 litres à 11298 km, impressionnant ça fait 20 litres aux 100 km ! Le temps de donner à boire à la voiture et d'acheter un pain et nous sommes encerclés par les autochtones qui se collent aux vitres pour voir ce que je suis en train d'écrire, entre autre. Nous pensions faire la réparation ici, mais voyant la foule qui s'agglutine, nous repartons bien vite.

Nous nous arrêtons peu après au bord du lac de Beysehir à 12h30, 11372 km. Nous sommes au calme, au soleil, comme horizon la montagne et comme bruit de fond le gazouillis des oiseaux en particulier de charmants petits échassiers. Dans ce cadre idyllique nous dégustons pommes de terre et oignons rissolés, pamplemousses. Puis Jean répare, il change la dynamo, change la carburateur, s'aperçoit que la pompe à essence fuit à grosses gouttes et de la changer ! C'est vite fait mais la nouvelle, comme dirait quelqu'un que je connais, elle pompe mes genoux ! Le pied quoi ! Le jeu consiste maintenant à les démonter toutes les deux, de regrouper ce qui est en bon état pour en faire une qui fasse office de pompe et sans perte de préférence. Et là nous avons la surprise de constater que la nouvelle qui, en fait, vient de l'ancien moteur, est pleine de rouille ; c’est encore cette saleté de réservoir de 50 litres sous le siège qui a fait des siennes ; cela doit faire un bon moment qu'il est dans un triste état ; maintenant c'est sûr il va partir à la casse et vite fait ! Nous remontons donc une pompe correcte et quittons les lieux vers 15h13.

La route sinue toujours dans la montagne mais les plaques de neige sont de plus en plus bas jusqu'au bord de la route. Ce ne doit pas être les grandes chaleurs dans la région ! La terre est très rouge ici et un torrent qui a pris la couleur du terrain court se jeter dans un lac, en fait c'est un barrage de remblais, et l'eau qui ressort est limpide, vert clair. De nouveau la terre est aride et c'est dans un paysage genre case déserte que nous nous arrêtons à 17h45, quelques 20 km avant Konya. Nous mangeons une choucroute dans la lumière des éclairs. Et l'orage va tourner au dessus de nous une bonne partie de la nuit.

(8) Konya est très tournée vers le tourisme et ses boutiques de souvenirs pullulent.

(9) Riz aux oignons, fruits.

 
Jeudi 1er avril, 11438 km

Le départ s'effectue sous un ciel gris d'orage à 9h15. Et nous gagnons Konya la ville des Derviches Tourneurs. Nous visitons les différents monuments, mausolée de Mevlana et autres, mosquées...8 Un tour à la poste nous apprendra comme à Bodrum que nous avons passé un fuseau horaire mais quand ? Cette fois-ci nous mettons nos montres à l'heure local et c'est parti pour une journée de 23 heures. À la sortie de la ville nous stoppons pour photographier des cigognes flânant parmi les vaches au bord de la route ; un peu après, arrêt buffet9.

 
Le tour de l'Afrique ? La Turquie - Konya

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(10) Notre tranquillité est un peu troublée par les avions qui décollent d'un côté et les camionneurs qui, après un coup de klaxon, nous font de grands signes de la main.

Dans le soleil qui est maintenant revenu, nous goûtons de la joie de vivre10. Puis nous prenons la direction d'Ankara, étape diplomatique (ambassades) et mécanique. De part et d'autre d'une longue route monotone la plaine s'étend où les cultures commencent à sortir. Quelques monts pelés attirent l'œil qui y découvre souvent au pied un petit groupe d'habitations d'un gris couleur pierre. La plaine est pourvue en eau par quelques puits et surtout un canal d'irrigation qui la parcourt de bout en bout. Le paysage est désert, la route très peu fréquentée et la seule chose à faire pour ne pas s'endormir est de compter les stations-service, tous les 10 km à peu près, ou les poteaux des lignes électriques.

À 100 km d'Ankara nous rattrapons la grande route E5,1 qui, apparemment très belle de revêtement, est absolument détestable, des nids de poule de première catégorie et il ne s'agit pas de les éviter car ils couvrent la largeur de la route, il ne reste plus qu'à trouver le bonne vitesse 70-80 km/h pour sauter de l'un à l'autre, comme sur la tôle ondulée. Les vibrations causées par cet état de chose ne semble pas convenir à tout le monde, il y a comme un bruit sous le capot et cela devient tellement insupportable que nous nous arrêtons 70 km avant Ankara sur le thème « ça c'est la dynamo qui se grille ! ». le capot ouvert nous découvre une dynamo dans un vilain état, elle a glissé de sa position initiale, faisant frotter son support sur la dynamo et taillant des dents dans l'alu. Jean le refixe et nous repartons. Oh surprise ! ça remarche juste un peu mais... et pourquoi donc ? Cela ne va durer, un peu plus loin l'aiguille de l'ampèremètre va commencer à batifoler et à parcourir le cadran d'une extrémité à l'autre. Nous continuons ainsi pourvus jusqu'à 20 km après Ankara, au camping de la capitale, qui est fermé. Dix kilomètres de plus pour nous perdre un peu dans la nature et nous installer. Nous terminons la journée sur des cannelloni.

 
Vendredi 2 avril, 11750 km

À 9h30 nous regagnons Ankara sous un ciel limpide. Après quelques difficultés nous trouvons l'office du tourisme qui a changé de place depuis que le plan a été imprimé. Là on nous indique le camping que nous avons expérimenté hier soir, l'adresse des ambassades d'Afghanistan et d'Inde, et un réparateur d'électricité automobile. Vu l'heure (12h30), nous abandonnons les ambassades et allons au garage. Et là merveilleux ! le propriétaire parle français, il a commencé les Beaux-Arts à Paris mais, comme c'était trop long (6 ans), est revenu s'installer ici.

Devant un verre de thé nous lui expliquons nos problème. Nous lui amenons la voiture et passons l'après-midi au garage ; l'électricien se débrouille pour arranger notre histoire. Et lorsque nous quittons ces braves gens le soir, nous avons récupéré quelques pièces détachées qui faisaient défaut (320 francs) (n.d.l.r. : La dynamo a été rebobinée.).

À 20h nous nous arrêtons au bord de l'eau sur la route de Konya. Spaghettini au Bovril et pamplemousses.

 
Samedi 3 avril, 11816 km

La pluie qui est tombé cette nuit a apporté des nuages noirs. Et c'est dans ce temps maussade que nous reprenons la direction de la capitale à 9h15. Il nous faut aller aux ambassades et à la banque. Et comme l'on s'en doutait un peu, tout est fermé, malgré l'apparence de certaines banques qui, éclairées portes ouvertes, employés à leur place, ne sont pas ouvertes, que vous le croyez ou non. Toujours dans la grisaille nous allons voir les restes du temple d'Auguste, des bains romains (de loin parce que c'est payant), la colonne de Julien et son nid de cigogne. Et après avoir discuté avec un étudiant, dans une boucherie (étudiant qui nous a donné fort à propos un morceau de pizza.), nous repartons, quittons la capitale pour Nevşehir.

Une petite averse de grêle puis le soleil. Puis juste quand on double un camion, panne d'essence 11922 km. Heureusement qu'il y avait personne en face. 20 litres d'un jerrican et 1 km après 35,7 litres dans le réservoir. Peu de temps après nous quittons ce que nous appelons la piste goudronnée pour nous enfoncer dans l'intérieur des terres par un petit chemin et nous arrêter à 16h30 sous le soleil.

Quelques bricolages entre autres la suppression du réservoir de 50 litres qui nous permet de réorganiser notre chargement et de gagner une place considérable. Le temps de constater qu'en 2 jours où nous avons stationné dans Ankara, la moitié des autocollants ont été arrachés et un des sandows supportant les jerricans a disparu. Le soir après des œufs sur le plat et plus d'une heure et demi de cuisson de petits pois frais que nous avons achetés tout épluchés, nous mangeons des petits pois pas cuits et même brûlés.

 
Dimanche 4 avril, 11946 km

Nos intestins ne semblent pas se plaindre du traitement que nous leur avons fait subir hier soir. Nous sommes réveillés par un berger, sa femme, son âne et ses deux chiens qui semblent fort ébahis de nous voir couchés ainsi dans la voiture. Et l'homme va commencer à discuter en turc, nous croyant américains, il demande le prix de la voiture en dollars. Puis il commence à tripoter à tout, aux décalcomanies, aux sandows, demande un sac en plastique pour s'abriter de la pluie car il fait encore un temps pourri ce matin. Pendant que je prépare le petit déjeuner un second berger arrive et rapidement nous montons dans la voiture pour nous y enfermer à clé parce que lui veut des cigarettes (bon d 'accord), du feu (il ne veut pas qu'on les lui fume aussi), puis c'est un rétroviseur, puis le sifflet. Avant qu'il nous dévalise, nous expédions notre repas et quittons ce lieu dévastateur à 9h30.

La région est vallonnée pratiquement déserte de population mais il y a de grands champs qui se succèdent. De nouveau nous retrouvons les plaques (n.d.l.r. : plaques de neige.) tout au bord de la route, c'est bizarre car il ne fait pas froid et les cultures sont en train de lever, il faut croire que le bonhomme Hiver s'est retiré il y a peu de temps. Après Kirşehir nous retrouvons le soleil et un terrain aride. Nous tournons très vite par une petite route sur la droite vers Nevşehir. À la sortie de Gülşehir, qui possède une mosquée du 17ème siècle assez remarquable mais soigneusement entourée d'un immense réseau de fils électriques et téléphoniques, commence le domaine des troglodytes.

De chaque côté du fleuve Kizilirmak se succèdent des villes souterraines. Tout de suite après nous nous arrêtons pour visiter ce premier site troglodyte dont la principales curiosité est l'église Saint Jean où il reste des fresques en état au plafond, tandis que les autres, à portée de main, ont été grattées, couvertes de graffiti et c'est désolant. D'abord suivis par quelques gamins nous sommes bientôt accompagnés par un adulte qui, grâce à quelques mots de français, nous explique un peu l'organisation de cette cité troglodyte : les églises, les chapelles avec des colonnes, des fresques, les maisons à plusieurs étages, les pigeonniers. Il nous montre aussi sur un des versants de ce terrain très friable une quantité incroyable de reste de poteries hittites.

 
Le tour de l'Afrique ? La Turquie - Gülşehir

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Après avoir distribué cigarettes, décalcomanies et casquettes publicitaires nous quittons cette famille pour aller un peu plus loin voir des palais un peu mieux conservés que le village hittite. Mais l'accueil y est tellement peu agréable : « gardien, visite = argent, no money = no visit », alors nous « no visit » et nous repartons en regardant de loin les portes de ces palais qui ont l'air effectivement en meilleur état mais l'ambiance était meilleure à l'église Saint Jean.

Nous nous arrêtons à 15h15 sur un chemin de terre circulant entre des champs pour manger une fricassée de courgettes oignons et gigot de mouton nettement supérieure aux conserves de « Simoun » et suivie de pamplemousses. Et comme nous en sommes au dessert un automobiliste s'arrête, en klaxonnant bien sûr, à notre hauteur et commence à nous parler, en turc naturellement. Comme de tout évidence, nous ne comprenons pas un traître mot de ce qu'il nous raconte, il sort une cruche de terre ayant contenue de l'eau et d'après ce que nous pouvons saisir nous indique qu'un peu plus bas tout droit il y a de l'eau. « Ah bon, merci beaucoup, au revoir. ». ou peut-être nous disait-il simplement qu'il allait remplir sa cruche parce qu'il est repassé (un coup de klaxon) en sen inverse quelques minutes plus tard. Quant à nous, nous repartons vers Nevşehir où nous pénétrons vers 16h45.

Nous stoppons juste devant le bureau du tourisme pour voir un répugnant personnage cracher sur la voiture et se faire injurier de ce fait en français. Quel accueil ! Le gars du tourisme nous indique, d'un ton sec, qu'il y a un camping à 2 km et qu'on peut trouver ici une banque qui fait le change, pas aujourd'hui bien sûr ! Nous roulons donc vers Ürgüp et nous arrêtons au camping Mocamp à la station BP comme à Istanbul. Seulement voilà le type est obligé de sortir de sa cabane pour voir la voiture et nous dire que le camp est fermé. Ah si si ils sont vraiment sympa dans la région, s'ils sont tous comme cela, ça promet du bon temps, c'est peut-être le tourisme qui leur fait cela.

Heureusement que le paysage est fabuleux, comme féerique : tous ces tufs volcaniques, ces plateaux de roches rouges, vertes, ocres, toutes ses habitations troglodytes c'est vraiment fantastique.

À l'embranchement de la route vers Göreme, nous découvrons le Paris motel camping qui nous ouvre largement ses portes. C'est agréable après ces gens bourrus de trouver des personnes si accueillantes. Ah Paris, mon bon monsieur, y'a qu'ça de vrai ! Mais non nous ne sommes pas chauvins ! Il est près de 18h et nous montons le tee-pee sous la grêle. Puis l'orage, la pluie, le vent s'y mettent à leur tour. Le menu du soir : pommes de terre et courgettes rissolées, fruits et petit beurres.

 
Lundi 5 avril, 12167 km

Il pleut, il fait froid et c'est vêtus de ciré, kway, bottes, bonnet et gants de laine que nous partons à 10h30 vers Nevşehir. Et comme c'est notre habitude, il nous faudra faire 3 ou 4 banques portant toutes le panonceau « Exchange, Change, Wechsel, Cambio » avant d'en trouver une qui fasse effectivement le change. Un vrai scandale encore ce truc là ! Ensuite nous ferons notre marché ; après avoir traversé le marché à la graisse où nous nous sommes sentis vraiment passer pour des intrus, nous arrivons dans le coin des fruits et légumes.

Derrière les étalages, sont posées par terre des têtes et panses de bœuf, les premières encore sanguinolentes. Tandis que nous verrons dans des boucheries des bœufs entiers pleins de gras.

(Plein 130 litres, 2,79 TL, 12185 km)

Ensuite nous repartons sur la route du circuit classique des maisons troglodytes et des cheminées de fée : Uçhisar, Avcilar, Çavuşin, Zelve, Avanos, Ürgüp, Göreme. C'est vraiment époustouflant comme spectacle et nous ne cessons d'être étonnés, c'est un paysage lunaire ; imaginer la quantité de personnes qui pouvaient vivre dans ces villes et l'activité qu'ils pouvaient y avoir, c'est fantastique. Nous nous arrêtons vers Ürgüp dans un chemin sablonneux, histoire de faire un peu de tout-terrain, pour manger des œufs sur le plat, du riz aux oignons et des fruits.

 
Le tour de l'Afrique ? La Turquie - Vers Ürgüp

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Incontestablement le site le mieux conservé et aménagé est Göreme, c'est le seul aussi où nous consentirons à payer. Il faut dire que cette cité fondée par les chrétiens est pratiquement constituée d'églises et de chapelles, de monastères avec des tombes, les réfectoires « les rôtisseries » encore en bonne état ; et bien des fresques sont presque entières et décrivent la vie du Christ et de Saints. Malheureusement il règne parfois d'assez nauséabondes odeurs et certaines peintures ont été grattées par des vandales. Nous voyons ici pour la première fois une pierre de moulin ronde que les habitants glissaient dans une entaille faite exprès dans le mur et qui leur servait de porte. Très heureux d'avoir vu cette région fantastique nous regagnons le camp et après 2h de cuisson, nous mangeons des petits pois cette fois-ci à moitié cuits, nous en laissons un peu pour demain que nous continuerons à faire cuire ! Cette nuit le ciel est étoilé car les nuages ont réussi à s'éloigner de nous dans l'après-midi.

 
Le tour de l'Afrique ? La Turquie - Göreme

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Mardi 6 avril, 12245 km

Pleins de courage, nous sortons de la tente vers 10h40 après avoir bien déjeuné et discuté de ce que nous ferons quand nous regagnerons la France. Jean se plonge sous le capot pour faire un peu d'électricité puis récupère entre autres les bagues qui, hier par 2 fois, ont fait comme un bruit de chaîne quand nous roulions. Elles étaient dans le démarreur (n.d.l.r. : dans la cloche d'embrayage !) et venaient pour l'une de l'ancien démarreur et l'autre de l'embrayage. Quant à moi je fais des retouches de peintures là où les garnements l'avaient enlevée avec les décalcomanies puis je prépare pommes de terre et oignons rissolés, et après des fruits, nous partons nous promener à pied dans cette fameuse vallée de Göreme. Nous sommes tout autant émerveillés par ce paysage forgé par l'érosion dans un terrain si tendre qu'il s'effrite sous la main, s'enfonce et se dérobe sous les pieds. De retour au camp nous refaisons un peu de bricolage et de réparation.

Toute la journée le soleil s'est timidement montré derrière des nuages blancs. Et ce soir après 2 nouvelles heures de cuisson, les petits pois ne sont toujours pas cuits, il doit sûrement y avoir un truc pour ces bêtes là. Mais ce soir il faut les finir et c'est en faisant une drôle de tête que nous avalons les derniers, ce n'est pas un vrai régal ! Des fruits font oublier un peu ce moment désagréable et l'heure du repos est bienvenue.

 
Mercredi 7 avril, 12245 km

Ce matin flânerie et achats dans Nevşehir. Plat du jour : viande hachée de mouton, riz aux oignons, fruits. Après-midi : promenade à pied en particulier à Ortahisar ; le ciel parfaitement dégagé nous fait découvrir le volcan éteint aux pentes neigeuses au pied duquel se trouve la ville de Kayseri ; le temps peu clément jusqu'à maintenant nous l'avait complètement caché. Au retour bricolage, peinture : la belle vie quoi, sous un soleil resplendissant . Pommes de terre aux oignons fruits. Et voilà terminé cette calme journée.

 
Jeudi 8 avril, 12276 km

Ce matin en préparant le petit déjeuner, sous la tente car le temps est de nouveau gris venteux et froid, nous en sommes venus à parler des petits métiers que nous pourrions faire comme développer les photos des amis, puis soudain ça y est nous allons acheter une maison ! Pas très grande, avec un garage-atelier, un grenier... La chambre serait comme-ci et puis pour le chauffage nous pourrions...

La matinée se passe ainsi en réflexions, en suggestions... Il est presque question de regagner la France tout de suite. Non ce serait dommage nous avons eu tant de mal à partir. Du riz aux oignons, des sardines à l'huile, des fruits. Mais le mal du pays s'installe, le cafard. Quelle idée nous a pris de décider cela . Jean va remettre en état les pièces détachées défectueuses pendant que je répare pantalon, sac à viande. Demain nous reprenons la route ; autant que possible nous essaierons de ne pas faire de folles dépenses, quoique jusqu'à maintenant nous ayons pas fait d'excès. L'après-midi s'écoule lentement chacun à ses occupations, la tête dans les rêves. Et puis ce vent qui souffle et qui ne nous remonte pas le moral. Enfin pensons à l'avenir un petit peu lointain et ça va mieux. Au menu du soir : cannelloni et fruits. Et nous nous endormons ou du moins essayons pleins d'idées en tête.

 
Vendredi 9 avril, 12276 km

Cette nuit le rhume s'est installé dans la tente, tandis que la pluie n'a pratiquement pas cessé de tomber. C'est avec un très faible rayon de soleil que nous quittons le camping (40LT/jour) et faisons quelques achats à Nevşehir avant de nous diriger vers Aksaray. Nous verrons sur cette route des caravansérails sans avoir réussi à deviner ce que cela pouvait être. Et c'est sous la pluie, l'orage, la grêle, par des routes truffées de nids de poule que nous allons jusqu'à Nïgde puis Kayseri. Là un client assis à l'arrière d'un taxi nous fait signe de ralentir, au début indifférents à ses gesticulations, nous finissons par nous arrêter inquiets pour l'état de santé de la voiture. Le gars descend :

« Excusez-moi vous êtes français ? »,

« Oui »,

« Soyez les bienvenue ; qu'est que vous voulez savoir ? »,

« Nous rien, nous allons à Sivas, c'est tout droit nous avons vu les pancartes. »,

« Centrum Stadt ? »,

« Qu'est qui dit ? Il demande si on veut aller au centre ville ! Non non nous allons à Sivas »,

« Vous voulez un tapis ? Je fabrique tapis. »,

« Ah mon bon monsieur, où voulez-vous qu'on les mette vos tapis, on n'a pas de place dans notre petite auto. »,

« Venez voir une petite minute, tea ou coffee ? »,

« On n'a pas le temps, on est déjà pas en avance. »,

« Mais juste une minute. »,

« Ah oui, c'est ça une minute ici, une minute là bas, on nous attend à Sivas ! »,

« Change radio-cassette contre teppich. »,

« Vous tombez mal mon bon monsieur, on m'a pas de radio-cassette. ».

Et bredouille, il remonte dans le taxi qui l'a attendu tandis que nous prenons la route de Malatya. Nous nous arrêtons dans un petit chemin de terre au bord de la route en fin d'après-midi, mais nous quittons ce lieu rapidement car c'est un vrai bourbier et pour peu qu'il continue à pleuvoir cette nuit, nous aurons de la boue jusqu'au cou demain matin. Alors stoppons définitivement à 17h sur un parking aménagé. Après des boissons chaudes nous mangeons des patates aux oignons et des oranges. Puis nous parlons installation de maison.

 
Samedi 10 avril, 12706 km

Réveillés à 6h30 par le soleil, nous partons à 9h15. Le temps splendide nous fait découvrir une chaîne de montagnes enneigées. Plus nous montons en altitude, plus nous nous rapprochons des nuages et pendant un bon moment, nous roulons entre 1800 et 2000 mètres dans le brouillard et le froid. Les troupeaux de moutons sont très fournis en laine et les bergers sont emmitouflés jusqu'aux yeux. La route n'est qu'une piste et vue l'humidité ambiante, nous roulons en 4 roues motrices. En redescendant de ces hauteurs, nous retrouvons le macadam et le paysage est sec : c'est un désert de pierres rouges, vertes, ocres ; des montagnes qui font penser aux films du Far West.

À l'intersection avec la route allant vers Gaziantep, nous faisons le plein, 12953 km, 124 litres, dans 2 réservoirs de 60 litres chacun, alors que nous ne sommes même pas tombés en panne, il a dû en mettre un bon paquet à côté, le gars !

Après cela la végétation réapparaît au pied d'une immense chaîne de haute montagnes toutes neigeuses. La route, quant à elle, est devenue exécrable, quand ce n'est pas de la piste, le revêtement est complètement détérioré. Il n'est même plus question d'essayer d'éviter les nids de poule, ils sont tellement nombreux. En plus de cela nous sommes en montagne, donc une route sinueuse, virages, lacets, montées, descentes en pente raide. Après Pazarak le paysage se vallonne, verdoie, de petites chèvres noires remplacent les moutons de la montagne ; et la chaussée, fort heureusement, redevient roulante. Nous avons les fesses bien tannées. Nous stoppons à 17h15 à une vingtaine de km de Gaziantep au bord de la route. Sardines à l'huile, riz aux oignons, fruits.

 
Dimanche 11 avril, 13167 km

Aujourd'hui ce sont les Rameaux. Ici le ciel est gris quand nous nous levons. Avant de déjeuner nous faisons une séance de berber ou kuaför comme ils disent ici : les cheveux, le bouc, les moustache de Jean tout y passe et ma foi ce n'est pas trop mal pour des débutants. Et à 10h30, nous démarrons. Quelques rayons de soleil nous réchauffent un peu sur l'immense plaine verte agrémentée d'oliviers et d'arbres fruitiers en fleurs, qui s'étend après Gaziantep. Nous nous arrêtons à 60 km avant Urfa pour manger : viande hachée très grasse, pommes de terre à la graisse de mouton et oranges.

Tandis que je prépare le repas, Jean commence à démonter l'arbre (n.d.l.r. : tube d'essieu.) de roue arrière droit car ça refuit, mais comme il l'avait supposé l'arbre redressé à Bodrum s'est retordu, tant et si bien que si l'on démonte on ne pourra pas remonter. Il nous faut donc aller doucement jusqu'à Urfa et trouver un type qui puisse nous faire cela. Arrivés dans cette ville, nous errons un bon moment dans les rues complètement défoncées, sans trouver de bureau de tourisme, ni de camping pour nous installer, ni de garage. Il faut dire que c'est la grande fête ici, il y a des drapeaux partout, même la voiture de pompiers est décorée, il y a un monde fou dans les rues.

Nous continuons donc la route vers Diyarbakir envisageant de redresser nous mêmes le tube et de le faire renforcer à la première occasion venue. Puis à l'entrée de Siverek nous prenons de l'essence, 34 litres, 13429 km, et nous disposons à passer la nuit à la station-service et faire la réparation demain. Le moral des troupes est bien bas : changer le tube tordu ce serait bien mais comment savoir si le tube qu'on trouverait serait assez solide, et vu l'état des soudures que nous avons pu voir ici et là, ils n'ont pas l'air d'être maîtres en la matière dans la région. Attendre Téhéran est-ce que ce serait mieux ? Qui peut le dire ! Est-ce qu'on peut se faire envoyer une pièce comme cela sans payer un prix exorbitant parce que c'est et relativement lourd ? Devant tant d'incertitudes nous restons bien perplexes, tandis que les autochtones commencent à s'agglutiner vers l'arrière droit de la voiture.

Au bout d'un certain temps Jean essaie de leur expliquer par dessins et gestes notre problème, tandis qu'obtus ils ne cessent de brailler des trucs en turc ne semblant pas réaliser qu'ils peuvent nous parler d'Allah, de la pluie, du beau temps ou du petit dernier ça nous fait exactement le même effet. Finalement ils nous font signe de suivre un camion et nous gagnons le quartier des réparateurs automobiles. Têtus comme des mules, ils commencent à démonter en tordant tant soit peu un truc par ci un autre par là, et enfin s'aperçoivent qu'il est trop tard et qu'il faut attendre demain. Ça fait plus d'une heure qu'à l'aide de calendrier, montre, gestes décrivant le soleil dans le ciel Jean essayait de leur expliquer !

Comme partout ailleurs nous trouvons un gars qui parle français pour avoir travaillé 2 ans à Beauvais. Grâce à lui nous réussissons à nous faire comprendre des « mécanos ». il nous parle de sa famille, sa maison, nous invite chez lui à Adiyaman<, nous paie des cacahuètes. Quand nous sommes enfin seuls, le morale est un peu meilleur, mais ce n'est pas encore cela. Après quelques discussions, nous décidons que finalement il est plus sage de rentrer vers la terre natale non pas à cause de la mécanique, mais l'esprit fixé sur notre idée d'acheter une maison nous n'avons plus le foi dans notre voyage. Nous sommes poussés par l'envie de rentrer au plus vite mettre notre à exécution et esprit n'est plus ouvert au tourisme. Nous n'apprécierons pas ce que nous verrons et le cafard s'installera dans notre âme.

Il est temps de s'arrêter, d'ouvrir les yeux et d'éviter une « énorme déception ». Une fois la réparation faite, nous repartirons vers l'Europe, nous regagnerons la France, l'été. Ça nous changera du temps pourri que nous avons ici et qui ne nous encourage pas à poursuivre le voyage. Maintenant c'est la joie dans notre auto à 3 roues. En nous forçant un peu nous mangeons des ravioli car nous n'avons pas vraiment faim. Nous n'avons pas sommeil non plus et pour nous occuper, nous distraire, nous jouons au morpion, à la bataille navale dans la nuit qui n'est pas noire du tout, pour la simple raison que pour changer un peu il y a de l'orage. Finalement vers minuit nous décidons de nous allonger quand même pour ne pas être à plat demain. Nous ne sortirons même pas les duvets !

 
Lundi 12 avril, 13430 km

Court sommeil, petit déjeuner et Jean enfile sa cote (?) et démonte le tube fautif. Les exubérants d'hier ne sont pas revenus ou se sont calmés. Et c'est tranquillement que se déroule la réparation.

Conclusion

Nous sommes rentrés depuis la Turquie par la Bulgarie, la « Yougoslavie », l'Autriche, la Suisse et la France avec une moyenne de 800 km/jour !

« Qui veut voyager loin ménage sa monture ». Cette maxime s'applique même à notre époque.

Nous sommes partis avec la nourriture que nous avions collectée auprès de sociétés de notre région. La suite nous a montré que l'on trouve à manger très facilement et pour un prix abordable et qu'il est donc inutile de surcharger le véhicule de conserve et autre denrées.

Pour les pièces détachées, il n'est pas facile d'appliquer une règle dans la mesure où « tout peut casser » et bien souvent la pièce défectueuse c'est celle que vous n'avez pas ! Nous avions emporté, entre autre, une boîte de vitesse et un pont !

Sans cette surcharge inutile, nous n'aurions sûrement pas tordu le tube d'essieu, nos pneumatiques se seraient usés bien moins vite...

Pour nos futures voyages, nous adopterons une tout autre logique.

Après cette expérience nous avons gardé la DELAHAYE quelques années encore et l'avons donné à notre ami Richard.

Nous avons bien acheté une maison en 1976 à... Donzy-le-Pertuis, et c'est de là que partiront désormais nos prochains voyages.

 

En 2016, nous quittons Donzy-le-Pertuis, pour nous installer à Gabarret dans les Landes...

Jean alias gavorrano71.

 
Le tour de l'Afrique ? Le retour

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